Les vérités de Jack Donovan

Jack Donovan n’est pas vraiment le genre d’homme que l’on a envie de contredire. Ce quadra américain, chauffeur de camion devenu leader underground, est l’incarnation même du badass crâne rasé au corps tatoué et sculpté par le lever de fonte. Ajoutez à ce portrait, la pratique assidue de la boxe, la camaraderie virile et un goût affirmé pour les discussions autour d’un feu de camp et vous aurez Conan le Barbare… La comparaison n’est d’ailleurs pas anodine puisque ce film est culte chez Jack Donovan, tellement culte d’ailleurs qu’il s’est fait tatouer chacune des lettres formant CROM (le dieu tutélaire du héros de Howard) sur quatre de ses phalanges.
Son compte Instagram le montre souvent en action, sur un ring, dans la forêt ou juché au milieu de ruines. Il peut y apparaitre seul mais il y est plus souvent entouré des membres de son clan, les Loups de Vinland, ou en compagnie de Paul Waggener, la figure charismatique d’Opération Werewolf, un autre clan païen survivaliste.
L’erreur consisterait cependant à s’arrêter sur cette image caricaturale pour ne considérer Jack Donovan que comme une brute épaisse aux idées courtes. Sa pensée qu’il énonce principalement dans deux livres, « The way of men» et « Becoming a Barbarian » est bien plus profonde qu’il n’y parait.


La fin du rêve américain

Le constat initiant la réflexion de Jack Donovan est celui de la fin du rêve américain. L’oligarchie qui dirige le pays a trahit les idéaux de souveraineté et liberté des pionniers. Une caste composée d’hommes faibles et de femmes surdiplômées défend aujourd’hui ses intérêts financiers et ses business mondialisés en manipulant l’opinion, envoyant à l’extérieur de pauvres gars pour défendre des puits de pétrole ou réduisant, à l’intérieur des frontières, toute contestation par l’émasculation psychique de ceux qui auraient normalement la force de s’opposer. Car dans la vision de Jack Donovan, la féminisation de la société, tant sociologique qu’idéologique, aiguillonnée par des groupes féministes influents, vise à éteindre toute virilité d’en-bas, à faire taire et à culpabiliser tous ceux qui auraient un taux de testostérone suffisamment élevé pour menacer le pouvoir des hommes d’en-haut, conscients de leur faiblesse.
Cet assaut contre les valeurs viriles mené par les féministes, les tenants du marxisme culturel et aussi par les groupes gays et transgenres s’inscrit donc dans une opération d’envergure voulue mais qui s’explique également par « la loi des cycles » régissant les civilisations qu’Oswald Spengler comparait à des organismes vivants naissant, croissant et mourant. L’Amérique devient peu à peu, selon les termes de Donovan, une « société masturbatoire de bonobos » à l’image de cette espèce de singes au sein de laquelle les femelles, en sur-représentation, dirigent et ont la charge de distribuer la nourriture, d’élever les petits et de réguler les rapports sexuels qui ne favorisent pas les dominants mais permettent à chaque mâle d’avoir accès à toutes… et à tous : la société bonobo pratiquant une sexualité permanente, étant égalitaire et… bisexuelle.
A cette espèce de singes qui peut se permettre de tels partages parce qu’elle occupe des environnements naturels, riches en ressources, où elle ne côtoie pas d’autres espèces, Donovan oppose l’organisation sociale, structurée et hiérarchisée, des chimpanzés dont les mâles dominants sont les garants de la survie du groupe dans des zones où la nourriture est plus rare et les espèces concurrentes, plus nombreuses.

L’effondrement de la société occidentale qui vient avec son corollaire de chaos, provoquera la violence et la rareté des ressources. Et pour Jack Donovan, il faut d’ores et déjà rompre avec la société « bonobo » de fausse abondance, de consommation et « d’amusement », dans laquelle nous vivons, pour réapprendre à être violents et organisés, structurés au sein d’un groupe restreint mais solidaire, ce « clan » qui garantira l’accès aux ressources à ses membres quand tous s’affronteront.


Être un homme bon, ne suffit pas, il faut plutôt réussir à « être un homme ».

Dans cette perspective post-apocalyptique, il ne s’agira pas d’être un homme bon. Pour définir « l’homme bon », Jack Donovan cite un autre acteur de la manosphère américaine, Brett MacKay, directeur du site internet « The Art of Manliness » et auteur, avec sa femme, de deux livres exposant leur vision de la virilité. Pour Mc Kay, cité par Donovan, être un homme signifie « être habile à maitriser l’approche de la virilité propre à votre culture ». Ainsi pour quelqu’un vivant dans une banlieue de l’Ohio, cela « signifie probablement de garder un travail pour subvenir aux besoins de sa famille, d’être capable de réparer et d’entretenir les choses à la maison, ou s’il est seul, d’être doué pour interagir avec les femmes. ». L’homme bon selon la définition de Mc Kay, toujours cité par Donovan, consiste à « développer des vertus comme l’honnêteté, la détermination, le courage, la compassion, la discipline, la justice, la tempérance etc. ». MC Kay continue en précisant « que vous pouvez être le meilleur chasseur ou mécanicien au monde, mais si vous mentez, trichez, volez, vous n’êtes pas un homme bon ». Pour résumer, réussir à être un homme bon, c’est « faire le boulot », remplir ses devoirs vis-à-vis de sa femme, de son entreprise et de son pays ; « être un homme bon est une affaire d’équilibre entre les exigences culturelles de virilité et un engagement individuel de rectitude morale ». Si Donovan reconnait cette vision de Mc Kay comme une « dissonance bienvenue » par rapport aux magazines masculins « grand public » qui « s’intéressent davantage à fabriquer un métrosexuel sociopathe hyperconsommateur plutôt que de valoriser la virilité », il n’admet sa validité que dans le domaine professionnel. Car, en fait, la morale ne permet pas à l’homme de déployer tout son potentiel. Et nous retrouvons là toute l’influence de Nietzsche sur la vision de Donovan quand il dénonce « l’honneur tempéré par la prudence, l’ambition modérée par la compassion envers la souffrance et l’opprimé, l’amour contenu par le tact… » qui restreint l’homme « à être viril mais pas trop ». Donovan appelle au contraire à « observer amoralement et de manière aussi dépassionnée que possible le phénomène de la masculinité » pour l’extraire du contexte de moralité occidentale et de religiosité judéo-chrétienne. « Il y a donc une différence entre « être un homme bon » et « réussir à être un homme » »… surtout en période difficile ! « Réussir à être un homme tient plutôt de la volonté et à la capacité de remplir le rôle naturel des hommes dans un scénario de survie. Réussir à être un homme c’est montrer aux autres hommes que vous êtes le genre de type qu’ils voudraient dans leur équipe si c’était la merde. Réussir à être un homme n’est pas une quête de la perfection morale, c’est combattre pour survivre »… et être admiré par les hommes bons pour cela.


Les vertus tactiques

Jack Donovan se réfère à la « Virtus » romaine dont la racine est le mot Vir (viril) pour énoncer les valeurs nécessaires à la vie d’un homme et de son clan, ces vertus tactiques que sont la Force, le Courage, la Maitrise et l‘Honneur. Elles sont « les vertus pratiques qui doivent primer dans le cas du pire scénario. ». « Elles sont des vertus simples et efficaces, celles des hommes qui doivent rendre compte à leurs frères avant tout » ; « amorales mais pas immorales », elles servent avant tout « à protéger le périmètre », à défendre les intérêts de la communauté mais aussi à s’accaparer les « calories » des autres en cas de pénurie.
« Force, Courage, Maitrise et Honneur sont les vertus alpha des hommes partout dans le monde. »


La Force

Nul besoin de trop expliquer cette première vertu pour comprendre son importance dans la « vision conanesque » de Jack Donovan : « La Force, au sens le plus strict du terme, est la capacité musculaire d’exercer une pression. » Il est fondamental pour la vie du clan que ses membres soient forts pour pouvoir chasser, cultiver, construire et se battre. Aussi, les hommes doivent-ils entretenir leur force musculaire et s‘entrainer à porter des choses lourdes, à se déplacer rapidement et à se battre efficacement. C’est la force qui permet les autres valeurs : sans elle, pas de clan et plus de liberté personnelle quand les choses se gâtent. Car la Force, n’a pas seulement une valeur physique, elle est aussi la capacité d’exercer sa volonté sur l’autre.  Il est donc important pour un homme de travailler sa force et surtout de l’exercer pour lui donner toute sa valeur.


Le Courage

Si la Force est un concept physique simple, le courage implique un risque. Il implique même un échec potentiel face à la présence du danger. Il se mesure d’ailleurs contre le danger : « Plus grand est le danger, plus grand est le courage. » Pour continuer sa démonstration, Donovan rappelle l’importance de la virtus dans l’antiquité romaine qui désignait le courage patriotique mais plus encore un comportement agressif durant la bataille et « la capacité d’affronter et d’endurer la douleur et la mort. » Le courage est donc lié à l’héroïsme, au sentiment noble de combattre pour l’honneur mais aussi au courage instinctif de s’imposer dans lla violence. Une vertu qui est lié à la masculinité et qui doit l’animer, quelque soit notre taille et note poids. D’ailleurs, c’est celui qui est le plus combattif et le plus courageux qui a une longueur d’avance sur l’autre, quelque soit le rapport initial.
Donovan ne nie pas non plus qu’il est utile d’être stratège (ou joueur) et de pouvoir feindre la combativité pour imposer sa volonté à l’autre sans combattre ou simplement de l’intimider pour avoir le temps de se préparer. Mais dans les temps moins sûrs et moins prospères dans lesquels nous entrons, les bluffs tactiques laisseront plus souvent la place aux affrontements directs qui se multiplieront et gagneront en violence, interrogeant chacun sur ses responsabilités et ses éventuelles provocations outrancières.
Pour reprendre la définition de Jack Donovan, le « Courage est donc la volonté de risquer un préjudice pour le bénéfice de soi et les autres. Dans sa forme amorale la plus élémentaire, le courage est un empressement ou désir passionné de combattre ou tenir le terrain à n’importe quel prix (la combativité, le cœur, l’esprit, le thumos). Dans sa forme la plus développée, civilisée et morale, le courage est la volonté consciente et résolue de risquer le préjudice pour assurer le succès ou la survie d’un groupe ou d’une autre personne (courage, virtus, andreia) ».


La Maitrise

L’auteur de « La Voie virile » définit La Maitrise comme « le désir et la capacité d’un homme de cultiver et démontrer une compétence et une expertise dans les techniques qui aident à l’exercice d’une volonté sur soi, sur la nature, sur les femmes et sur les autres hommes. »
La Maitrise est donc une vertu essentielle à la survie du clan ; elle est précieuse dans l’amélioration de la vie de tous et de chacun (chauffage, soins médicaux appareils de communication) ou dans l’accès facilité aux calories (amélioration des techniques de chasse ou de « captations ».
L’ethos du clan étant tactique et utilitariste, la maitrise peut être aussi « une vertu compensatrice, dans le sens où un homme plus faible ou moins courageux peut gagner l’estime de ses pairs en apportant quelque chose de plus grande valeur. » Selon Jack Donovan, c’est d’ailleurs au travers de cette vertu que les femmes peuvent apporter le plus au clan et qu’elles sont le plus aptes à entrer en compétition avec les hommes.
Un clan composé d’hommes forts et courageux sera d’autant plus puissant qu’il maitrisera une technologie particulière, un savoir-faire qui lui est propre.


L’Honneur

Jack Donovan cite « Histoire de l’Honneur » de James Bowman pour distinguer deux types d’honneur :
– L’honneur instinctif, « de l’ordre du reflexe qui est le désir élémentaire de répondre lorsqu’on est frappé, pour montrer que l’on se bat pour soi-même ». « L’honneur instinctif est la marque du serpent à sonnettes, qui a la réputation de se venger » selon le vieil adage latin « Nemo me impune lacessit » (Personne ne m’agresse avec impunité) ».
– L’honneur culturel que James Bowman définit comme « une somme de traditions, histoires et façons de penser d’une société donnée au sujet des usages propres et impropres de la violence ».
Il cite toujours James Bowman qui reconnait que l’homme peut être en conflit intérieur entre le désir de se venger, d’infliger une violence à l’agresseur et le désir de d’être civilisé, de paraitre comme un « homme bien » aux yeux de tous. Il cherche ainsi qu’elle est la meilleure façon d’être respectable, d’avoir une attitude honorable. Or, la société occidentale condamne au contraire toute forme de violence qui serait lié « l’honneur traditionnel » ; les valeurs égalitaires exigeant plutôt que nous honorions « tout le monde » et principalement les minorités.
Pour revitaliser l’honneur et lui redonner sa fonction motrice au sein d’un groupe, Donovan propose que l’on revienne donc à une approche ancestrale qui ne consiste pas seulement à honorer un homme pour ses réalisations et le statut atteint dans la communauté, mais également pour ses qualités de force et de courage qui ne sont pas toujours l’apanage des hommes moraux : Donovan reconnaissant de la bravoure qui force le respect chez des terroristes islamistes, des maffieux ou des seigneurs de guerre africains. Là aussi, l’honneur doit redevenir une affaire d’hommes et s’appuyer sur « des liens directs dans la vie réelle avec la possibilité de honte ou de déshonneur » dans le regard des autres hommes. Dans cette vision, l’honneur devient une préoccupation pour chacun de ne pas perdre la face aux yeux de tous. Ce qui bénéficie aussi au groupe survivaliste, cher à Donovan, puisque ce qui est avantageux dans le maintien d’une réputation de force et de courage à titre personnel, l’est aussi pour tout un groupe qui défend son périmètre.

L’homme doit faire preuve de ces quatre vertus au sein d’une communauté de destin qu’il a choisi et qui l’a choisi. Ce comportement qui l’intégrera et le distinguera comme individualité au sein du groupe, lui permettra d’œuvrer au mieux pour développer un périmètre favorable au développement de cette même communauté (multiplier les liens d’échanges bénéfiques avec la population) tout en maintenant une vigilance face aux évènement globaux, facteurs de chaos. Car cet homme « nouveau » sait aussi pourquoi il a rejoint ce clan d’hommes : pour être le barbare de la civilisation qui l’a vu naitre et démarrer à nouveau le monde.

Dans un prochain article, hyperlié ici, nous verrons comment Donovan ainsi que d’autres auteurs et acteurs de la sphère survivaliste, entrevoient cette refondation du monde au travers du clan.

L’ensemble des citations et phrases entre guillemets sont extraites du livre « La voie virile » (« The way of men»)

Les livres pour aller plus loin :
La Voie virile – Jack Donovan – Editions « Le retour aux sources » (épuisé mais disponible en occasion)
Un ciel sans aigles – recueil de textes de Jack Donovan – Editions « Le retour aux sources »
Devenir un barbare – Jack Donovan – Editions « Le retour aux sources »
Honor: A History – James Bowman (en anglais)
Histoire de la virilité T1 – Alain Corbin, Jean-Jacques Courtine, Georges Vigarello
La civilisation romaine – Pierre Grimal

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