Mâle Alpha #2

Le terme de « Mâle Alpha » emprunté au vocabulaire zoologique par le milieu de la séduction pour désigner l’homme « super-séducteur », est aujourd’hui défini plus largement. Il renvoie à l’idée d’un dominant social, exerçant une autorité naturelle et reconnue par ceux qui le suivent, hommes comme femmes.
Le mâle Alpha serait ce « chef de meute » qui se distingue par une forte énergie doublée d’une grande combativité, de l’instinct social et une intelligence, au moins tactique, lui permettant d’affronter chaque situation de façon appropriée.

 

Les traits distinctifs de l’Homme Alpha sont les manifestations d’une forte intériorité

Certains hommes peuvent bénéficier d’une bonne génétique et présenter de façon flagrante les caractéristiques physiques de la masculinité dominante comme une grande taille, un beau visage symétrique aux étages équilibrés, de bons rapports tour de poitrine / tour de taille et largeur d’épaules / tour de hanches… une forte pilosité, un menton affirmé ou un nez en bec d’aigle… (1)

Un physique impressionnant, fait de force et de beauté, peut évidemment servir une ambition. Mais il ne sera qu’une coquille vide amenant au narcissisme, c’est-à-dire à la pose chez celui qui à l’arrogance et la prétention du paraître sans l’énergie du faire. Aussi, c’est moins par un physique évident que se distingue l’Alpha que par sa façon d’activer ce physique en marchant, en bougeant regardant, en parlant ou en articulant certains traits de son visage. Si ces expressions corporelles ou faciales ont pu être entrainées par le coaching pour être « augmentées », elles n’en sont pas moins les projections d’une énergie et d’une volonté qui part de l’être pour envahir l’espace physique et psychologique, alentour. Le charisme n’est donc pas un « ensemble de trucs et de techniques » qui peuvent s’apprendre chez les mentalistes ou les « coachs en succès » mais bel et bien la manifestation visible d’une force intérieure, habitant son hôte.
Certains héritent de cette intériorité, de ce charisme qui les rends magnétiques parce qu’ils sont issus de lignées d’hommes forts qui, par conscience sociale ou simple instinct de conservation, ont su faire de bonnes unions et, par le phénomène d’accumulation, engendrer des enfants augmentant la qualité de la génération précédente. D’autres, ont bénéficié de l’appartenance à une bonne lignée tout en recevant, en plus, l’éducation d’un milieu aisé qui favorisait les contacts et les familiarisait avec l’exposition sociale, dès leur plus jeune âge.

Mais une forte énergie ou une aisance acquise dès le jeune âge ne font pas tout. Le charisme s’acquiert surtout par l’énergie de l’expérience accumulée à chaque victoire : Il n’y a pas de charisme sans passage de Pont d’Arcole. Un homme gagne en charisme, en affrontant des situations et en subjuguant des adversités, qui, de gains en victoires, vont forger en lui la ferme assurance de son « pouvoir personnel » et former sa « réputation ». Plus les obstacles dépassés et les adversaires vaincus sont importants, plus l’Alpha fait corps avec les situations de haute-tension qui modèlent ses attitudes et sa physionomie.
Pour certains individus d’exception, fruits d’une conjonction entre de fortes aptitudes innées et une détermination à toute épreuve, on peut même parler de prédestinations, de celles qui révèlent une « présence solaire », en référence à l’astrologie et aux mythologies indo-européennes. (2)

Mais rassurez-vous, nul besoin d’être « élu des dieux » ou de déclencher une blitzkrieg pour développer son charisme.  Comme nous le verrons dans un article ultérieur, le suivi d’une discipline faite d’exercices physiques et intellectuels ainsi que des confrontations au risque, permettent de développer cette forte intériorité.

 

Pas de charisme sans passage de Pont d’Arcole – Peinture de Horace Vernet (1789 – 1863) représentant Napoléon Bonaparte à la Bataille du Pont d’Arcole.

 

L’homme hégémonique ne cherche pas « à plaire » par besoin de reconnaissance :
Il veut juste devenir Alpha et prendre le pouvoir.

Que recherche finalement un « séducteur en communauté » si ce n’est d’être « apprécié » par sa « target » et d’être reconnu par ses pairs comme un « bon chasseur » ?
L’Alpha, dont nous parlons ici, ne recherche pas la reconnaissance et encore moins l’approbation dans le regard des autres. Il ne pose pas sur Instagram pour recueillir des likes. II n’a pas le temps. S’il est présent sur un réseau social c’est pour communiquer sur ses projets ou ses ambitions et y entrainer l’adhésion du plus grand nombre. L’écran est un outil à son service, non une fenêtre à laquelle il reste collé pour regarder le monde passer. Il n’y cherche ni l’amour, ni des amis. Dans sa marche qu’il veut triomphale vers le pouvoir, il séduit pour obtenir un appui, convainc pour arracher un poste ou « pousse dans les escaliers » un rival dangereux.
Chacune de ses actions, décidées seul ou en interaction avec ses fidèles, s’inscrit dans un plan intelligemment improvisé ou murement réfléchi. Mais il avance, toujours indifférent du jugement d’autrui quand il n’y voit pas un conseil intelligent d’un mentor ou l’aide d’un soutien qui lui favorisera l’accès au niveau suivant. Il agit, influe sur le réel et rallie.

De nombreux traités de leadership ont bien sûr été écrits sur le sujet ; je pourrais vous citer des passages entiers de « Power » de Robert Greene, américain contemporain, auteur de livres fondamentaux (sur le leadership) qui lui ont apporté le surnom de « Machiavel américain ».(3) Je pourrais également me référer au plutôt bon « Napoléon et le Management » d’Alexis Suchet ou au « Portrait de l’homme d’affaires en prédateur » de Michel Villette et Catherine Vuillermot… et à de nombreuses autres citations imagées qu’affichent les Instagram des passionnés de développement personnel.

C’est en fait, la chanson « Mon Raymond » écrite en 2012 par Carla Bruni pour faire les louanges de « son homme »(4) qui illustre le mieux les qualités d’un leader. Il existe, en effet, peu de chansons qui décrivent aussi bien l’attitude et la psychologie – idéalisées – d’un Alpha.
Ce qui transparait dans ce texte, c’est la dynamique de l’action et l’investissement total de « Raymond » : L’homme « franchit les Rubicons » « sans hésiter », (5). Il sait rester « dans l’axe en toute situation critique », ce qui suggère qu’il affronte les situations de crises et de haute-tension en gardant la tête froide.

Le magnétisme de l’Alpha est aussi transcrit « quand il déboule nom de nom » : « L’air en devient électrique. »
Plus loin, son alpha de Raymond est comparé à un « pirate en cravate » – sous-entendu mué par une force intérieure mais néanmoins respectueux des conventions sociales – « qui prend tout à l’abordage, Comme s’il y jouait sa vie, Comme s’il y jouait sa peau… ». L’implication totale…
« Raymond » est bien sûr « le patron » qui « tient la boutique ». Il a du « talent », un talent oratoire qui le distingue et lui ouvre les portes : « Quand il cause c’est saisissant, Les confusions se dissipent ». « C’est qu’il sait causer « Raymond », Il manie la dialectique. »

Nous gardons tous en mémoire que cette chanson a surtout été écrite pour « chanter » les vertus d’un ex-président décrédibilisé : il faut donc y voir un objectif de mémoire à destination d’un public féminin mais pas seulement. La chanson traduit aussi la vision d’une femme de l’hyperclasse, coutumière des hommes de pouvoir, qui mêle références antiques et images familières pour décrire l’homme Alpha.

 

L’utilisation de son image par l’homme de pouvoir relève moins du besoin de satisfaction narcissique que des techniques d’influence visant à défendre sa politique. Ici Vladimir Poutine.

 

L’Alpha incarne une domination réelle, délimitée par un périmètre plus ou moins étendu.

Si l’on se réfère à nouveau au concept zoologique de la meute ou d’un groupe social de singes comme les chimpanzés, l’Alpha est avant tout « le chef ». Il ne se contente pas de jouer un rôle, il a bel et bien une fonction sociale réelle et, validée – de gré ou de force – par tous.
Si l’on transpose ce statut à notre monde d’humains, alors le terme ne peut qualifier qu’un leader avec des responsabilités politiques ou sociales, un chef d’entreprise ou éventuellement un général-en-campagne qui bénéficierait d’une marge de manœuvre importante. L’alpha ne peut donc pas désigner un « manager » – même supérieur – qui dirige par délégation de pouvoirs confiés.

La notion d’Alpha impliquant la direction d’un groupe exclut également les « hommes supérieurs » agissant seuls : chercheurs quand ils ne dirigent pas un labo, artistes même renommés, espions et samouraïs… La précision est importante parce qu’elle permet de « débunker » une notion souvent accompagnée d’images de « guerriers solitaires » ou d’artistes géniaux sur le net.

Mais la pire parodie de l’homme Alpha reste quand même… l’acteur (et je me lâche un peu)  (7)
L’acteur, ce fac-similé d’Alpha qui joue des rôles et récite des textes écrits par d’autres, fait, peut-être rêver tous ceux qui fantasment sur les putes siliconées des bords de piscines de « Bel Air », mais pas nous. Nous qui voulons « prendre l’Empire », ne nous identifions aux « pantins lumineux » qui neutralisent les masses par l’addiction aux loisirs, cet esclavage moderne qui ne tue pas mais rend plus faible. 

L’acteur a, certes, accès « aux chattes » des Cindy les plus sexy de la planète, mais il incarne, même au plus haut niveau, l’une des catégories du « tapin social ». L’acteur n’est qu’une illusion, un rôle, un « troll surrémunéré » qui « dit et fait là où on lui dit de dire et de faire ».
L’acteur n’est en aucun cas un membre de la « Race des seigneurs » ou, pour être plus juste, la seule qualité d’acteur ne classe pas un homme au sein de la « Race des seigneurs »…

S’il y a un rôle dans la production cinématographique qui propulse, par contre, au rang de dominant réel c’est celui de réalisateur. Lui, dirige le tournage et les acteurs – même sous pression des producteurs – et imprime son caractère et sa marque au travers du film. C’est pour cela qu’il ne faut pas confondre les simples interprètes avec un Clint Eastwood, passé de l’autre côté de la caméra.

 

L’acteur John Hamm prenant la pose dans le costume du personnage fictif, Don Draper, coqueluche des coachs en séduction…

 

A la relecture de ce texte, je prends conscience que la signification de « Mâle Alpha » renvoie finalement à une notion bien floue, voire inutile.  L’Homme Alpha d’ailleurs ne se définissant jamais comme tel : Il laisse ses courtisans ou ses admiratrices le faire… Lorsque l’on a « des responsabilités », on se qualifie de chef de projet, de PDG, de député ou de « premier secrétaire du parti », c’est-à-dire par un statut réel, créé ou conquis, un titre compréhensible par tous qui renvoie à une fonction et d’où l’on peut agir, loin de l’auto-contemplation narcissique. 

Et si Mâle Alpha n’était finalement que cela ? La vision que les autres ont de vous (ou d’un autre) dans des situations précises et ponctuelles où l’on se montre dominant, une sorte de grille de lecture « à l’instinct » : « Ah voici le mec Alpha de la soirée ! », se disent trois bonnes copines en soirées, verres à la main, pour désigner un marchand de jean – plutôt beau mec et bien sapé – particulièrement en forme… Alors qu’à côté de lui, plus terne – parce que fatigué d’une journée passée à négocier une fusion-acquisition – le PDG d’une entreprise au CA à 8 chiffres, semble invisible…

Ce qui est sûr c’est que des notions comme celle de « leadership », de « charisme » ou d’« influence » renvoient à des besoins de « développement professionnel & personnel » plus identifiables et des réponses pédagogiques plus formelles que celles de … « Mâle Alpha ».

Le « débunkage » du Mâle Alpha me semblait néanmoins nécessaire.
Il en annonce d’autres comme celui de la « virilité », de la « masculinité » ou de la fameuse « masculinité toxique ».

 

(1) Dans Psychologie de la Séduction, Nicolas Guéguen présentent de nombreuses études et enquêtes scientifiques démontrant que les atouts physiques jouent évidemment un rôle important dans le domaine de séduction. Dans le choix de leurs partenaires, les femmes cherchent inconsciemment les meilleurs gênes au travers de leurs préférences – pas toujours fondées – pour la haute taille, la symétrie du visage, la largeur d’épaules ou la forme des mains.

(2) Des gravures représentent des héros mythologiques, entourés d’un flux d’énergie comme certains héros scandinaves ou auréolés de lumière comme des personnages du monde iranien zoroastrien. Le souverain ainsi représenté, « digne de régner sur les hommes et le monde, était le dépositaire d’un élément d’essence divine le guidant dans la victoire. La Gloire royale, souvent matérialisée dans les bas-reliefs préislamiques par une aura encerclant la tête des rois, est cependant symbolisée par divers autres signes comme des ailes de faucon, le lotus ou des éléments animaliers variés (cornes de bélier, lion et taureau, ailes associés au scorpion, etc.).»
Abolala Soudavar, The Aura of Kings, Legitimacy and Divine Sanction in Iranian Kingship – Mazda Publisher, 2003 Costa Mesa

(3) Robert Greene a écrit trois excellents livres « Pouvoir » , «Stratégie » et «Atteindre l’excellence » sur le développement personnel et l’influence. Je vous déconseille par contre son « Art de la séduction ».

(4) Il s’agit de Nicolas Sarkozy, ex-président et personnage politique pour lequel je n’ai aucune attirance, ni partisane, ni personnelle. La chanson est citée en exemple pour ses qualités d’écriture qui condense, en quelques phrases, les traits de l’Homme Alpha et non pour celui qui s’y trouve magnifié.

(5) Jules César ne franchit pas le Rubicon sans hésiter. Arrivé devant le cours d’eau, il savait que son passage accompagné de la légion constituerait un Casus Belli pour le Sénat. Aussi, prit-il le soin d’en discuter longuement avec ses conseillers. Il hésitait, dit l’historien Suétone. C’est l’apparition d’un homme d’une taille et d’une beauté remarquables  jouant du chalumeau qui le décida. Des bergers et quelques soldats des postes voisins, parmi lesquels il y avait des trompettes, accoururent pour l’entendre. Il saisit l’instrument d’un de ces derniers, s’élança vers le fleuve, et, tirant d’énergiques accents de cette trompette guerrière, il se dirigea vers l’autre rive. « Allons, dit-il, allons où nous appellent la voix des Dieux et l’injustice de nos ennemis : le sort en est jeté !» (Le fameux alea jacta est) s’écria alors Jules César.

(6) Voir l’article sur le sujet : Don Draper, le looser alpha

(7) Je n’insisterais pas plus sur le sujet si l’on ne voyait pas autant de sites de développement personnel afficher les prouesses scénarisées d’acteurs de série ou de films pour vendre leurs « bricolages Psy Pop ». Je peux comprendre que les références aux acteurs soient commercialement plus vendeuses et génératrices de clics… Mais elles en incitent aussi – surtout des jeunes adultes – à « se nourrir » uniquement de fantasmes fictionnels… et, au final, décrédibilisent ceux qui utilisent ces procédés vis-à-vis des demandes en formation plus exigeantes.

1 thought on “Mâle Alpha #2

Laisser un commentaire

Votre adresse de messagerie ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *