Les Techniques d’Optimisation du Potentiel ou TOP

Dans ce texte, Christophe (1) nous présente les Techniques d’Optimisation du Potentiel, élaborée par l’Armée Française. Le TOP est une boite à outils regroupant différentes techniques de développement personnel permettant d’aider les actions et les prises de décisions des militaires en situation de conflit.

 

En immersion avec les TOP

Damien, harnaché dans sa tenue d’intervention, se tient en alerte, sur le palier d’une porte d’appartement de la cité des Magnolias, dans la banlieue toulousaine. Objectifs : appréhender le leader présumé d’une structure de recrutement djihadiste et perquisitionner son logement.

Il est 6h00 du matin. Damien, arme en main, est debout depuis plusieurs heures. Lui et les membres de son unité ont été transportés spécialement depuis l’Île-de-France, en car. Une fois arrivé sur Toulouse, il a fallu déconditionner le matériel, préparer les équipements et faire un ultime point de situation, le tout dans des locaux glacés, sans eau chaude. On ne leur a donné que quelques minutes pour s’assoupir, sur des lits de camp. L’hôtel n’est prévu que pour après.

Damien attend l’ordre, à sa place dans la colonne d’assaut. Il pense à sa petite amie, à sa mère. Il sait qu’un jour, peut-être ce matin, quand ses collègues et lui forceront une porte, ils se feront arroser de tirs de 7,62. Il sent ses jambes commencer à trembler, doucement. Son souffle se raccourcit. Est-ce le froid ? Puis, une étreinte commence à lui enserrer la poitrine. Il comprend. Stress. Peur. Fatigue. Adrénaline. Il perd le contrôle. Il n’est pas dans le « flow ».

Il sait ce qu’il doit faire. À quelques secondes du début de l’attaque, il entreprend un exercice de relaxation fondé sur la respiration. Les tremblements se calment, son esprit se vide, le froid disparaît.

« Police, ouvrez ! »

 

Peter se suspend d’une main à une corde de rappel, le long d’une des parois de la face nord des Grandes Jorasses. Il revérifie rapidement, de l’autre main, les coutures de sa wingsuit.

Des mois qu’il prépare ce saut. Un saut de maître. Son but : survoler le glacier de Leschaux en dépassant Les Droites et l’Aiguille Verte, pour ensuite planer au-dessus de la Mer de Glace et enfin, s’il survit à une potentielle chute dans une crevasse ou contre un bloc, atteindre la vallée.

Peter n’ose se l’avouer, mais à ce moment précis il est pétrifié de terreur. Son cerveau ne commande qu’une chose : rester agrippé à la corde. Le reste n’est qu’étau contre les tempes et rugissement de pulsations cardiaques dans ses conduits auditifs. Pourtant, il était persuadé d’être prêt.

Mais du fond de ses pensées brouillées par la terreur, émerge un rappel. Le souvenir d’une séance de préparation mentale effectuée plusieurs années auparavant. Peter se met à un inspirer par le nez et expirer par la bouche, en conscience, en allongeant le plus possible son expiration. Il ferme les yeux et s’efforce de visualiser le saut qu’il s’apprête à accomplir. Il a déjà tout préparé. Ses angles d’attaque, ses changements de cap, la gestion de l’altitude, etc. Il se remémore tous ces éléments, les remet bout à bout et brosse ainsi une cartographie complète de cette performance projetée. Il accomplit le cycle de répétition trois fois. Cela lui prend plusieurs minutes. Mais pendant ce temps, il oublie ses appréhensions. Son corps s’assouplit.

Au sortir du troisième cycle de répétition, sa main quitte la corde puis monte sur son casque pour presser le bouton de sa caméra embarquée. Il ouvre les yeux puis plonge vers son destin.

 

Horace attend dans le couloir. Son oral doit commencer dans moins de cinq minutes. Il prépare ce concours depuis deux ans, ayant dû s’astreindre aux fourches caudines d’une classe préparatoire ardue. Deux ans sans sorties, sans copines, sans plaisirs, hormis celui de bûcher jusqu’à des heures impossibles… Tout dépend de cet oral.

Il commence à paniquer, il ne connaît pas la composition du jury. Un puissant désir de hurler dans le couloir presque désert lui enserre la gorge. Il veut courir, fuir. Il pense qu’il n’est pas prêt, qu’il est dans l’incapacité de surmonter cette épreuve.

Néanmoins il sait ce qu’il doit faire. Ses parents, connaissant ses problèmes de stress et d’estime de soi, ont cassé la tirelire ces deux dernières années et lui ont permis de suivre quelques séances auprès d’un coach spécialisé. Horace commence un exercice de relaxation, debout dans le couloir. Il détend ses bras, fait des moulinets avec ses épaules. Il conscientise sa respiration. Le sentiment de panique s’estompe. Il ne cherche pas à se remémorer ses cours, ses avoirs accumulés des derniers mois. Au contraire, il s’efforce de faire le vide. Finalement son état émotionnel se stabilise.

On vient le chercher. Il franchit la porte de la salle d’examen. 

 

Les TOP, historique et finalité

Il y a un point commun entre ces trois individus. Ils ont été formés, chacun à des niveaux divers, aux Techniques d’optimisation du potentiel ou TOP.

Les TOP ont été développés dans les années 90 dans le monde militaire et ont été pensés comme une « boîte à outils ». La créatrice de cette méthode est le médecin militaire Édith Perreaut-Pierre.

Il s’agit d’une boîte à outils au sens où les TOP réemploient des méthodes et protocoles développés par d’autres disciplines de préparation (PNL, hypnose, thérapies cognitivo-comportementales), mais les aménagent à des fins opérationnelles. En effet, le cahier des charges des TOP, à l’origine, était de permettre aux militaires, par nature confrontés à des situations dégradées, d’employer des méthodes pouvant les assister dans leurs activités opérationnelles.

Les TOP visent à aider l’acteur avant un évènement (mise en condition), pendant l’évènement (exprimer le meilleur de ses capacités) et après l’évènement (se détendre pour durer).

Ainsi, les TOP, bien que pouvant s’y apparenter, ne sont-ils pas un outil de « bien-être ». Ils n’ont pas été pensés pour être appliqués dans une salle de relaxation ou un dojo, dans un contexte idéal, mais sur le terrain. Ils ont été développés pour aider l’acteur à exprimer le meilleur de ses capacités dans un contexte souvent non choisi et qui peut être extrêmement dégradé.

Méthodes employées

Les TOP, à l’image d’autres techniques (méthode Wim Hof par exemple), mettent notamment l’accent sur la respiration consciente, qui peut-être relaxante ou dynamisante, en fonction des besoins.

Ces techniques de respiration, si nécessaire, peuvent permettre à l’acteur de « descendre » dans un état modifié de conscience et ainsi effectuer des actions de travail mental telles que la visualisation ou le dialogue intérieur. En effet, le cerveau humain emploie les mêmes processus pour effectuer une action ou bien simplement l’imaginer.

Ces outils permettent d’aider l’acteur à naviguer entre différents états, en fonction des contingences de l’instant. D’ailleurs les TOP autorisent l’acteur à employer la méthode qui lui convient le plus, ainsi certaines respirations ne sont-elles plu adaptées à certains individus plutôt qu’à d’autres.

 

Un usage qui se démocratise

Aujourd’hui les TOP sortent peu à peu de leur contexte d’origine militaire et tendent à apparaître dans le domaine de la préparation de performances (sports, études, etc.).

Plusieurs structures offrent la possibilité de se former à ces techniques, en tant que simple acteur ou bien encore en tant que formateur.

Le livre du docteur Edith Perreaut-Pierre, Comprendre les techniques d’optimisation des potentiels constitue également une bonne entrée en matière pour aborder le sujet.

 

1 – Christophe est l’auteur de deux livres « Les diablesses de Castille » et « Routes de bataille » que vous pouvez retrouver et commander sur Amazon ici.

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