Courage

Le courage – première vertu majeure (partie 2)

Les sociétés traditionnelles formaient des hommes courageux. Ces systèmes harmonieux constituaient une totalité dont chaque moment de la journée, chaque entrainement, chaque acte de la vie sociale, chaque cérémonie renforçait l’idée d’appartenance et exaltait l’héroïsme. 
Cette seconde partie définit le cadre de cette éducation du courage et vous propose quelques pistes de « travail sur soi ».

 

Lors d’un cours collectif que je suivais pour ma seconde certification en PNL, il nous avait été demandé de visualiser puis de décrire notre « société utopique ». Quand vint mon tour, je décrivis une cité juchée au sommet d’une falaise face à la mer et à un ciel sans nuages. Cette cité se consacrait essentiellement à l’éducation, au combat et aux prières. Le ciel étant « ouvert », le dieu tutélaire de la cité descendait dans le temple qui lui était dédié pour communiquer avec « l’assemblée des meilleurs ».
Une petite voix inquiète rompit le silence médusé de la salle qui, jusqu’à présent, avait formulé des utopies mélangistes de villages « mondiaux », partageant bonheur métis et véganisme mièvre :
– Mais c’est un peu une dictature ?… Non ? » (le « non » final est important car il est le marqueur d’une interrogation non-catégorique… « bienveillante »)
– C’est une société d’hommes justes. Et seuls les hommes forts et courageux ont l’amplitude pour être justes.
– Oui, mais comment tu vois « l’éducation de ces hommes courageux ?… »
Les gens du développement personnel aiment bien les moyens mnémotechniques alors je leur ai résumé en 4 Items, ma pensée sur la formation du courage : l’Evocation, l’Exemple, l’Entrainement et l’Expérience.

Si j’ai laissé l’utopie derrière moi, j’ai gardé ce référent pratique des 4 E parce qu’il synthétise bien l’ensemble des mécanismes, naturels et éducatifs, ayant permis l’avènement d’hommes Alpha.

C’est l’étude patiente et laborieuse des sociétés traditionnelles, des corps d’élite mais aussi l’observation d’un bon nombre de systèmes éducatifs effectuées durant une dizaine d’années qui me permettent aujourd’hui de faire une présentation simple et claire de ce cadre. Rien de révolutionnaire donc mais une approche pédagogique dédiée à ceux qui veulent (ré)activer leur courage individuellement, en binôme ou en petit groupe.

Cette méthode intègre deux axes :
– Le déconditionnement par rapport à un système bavard et intrusif, anesthésiant et déstructurant, dont le mot-clé explicite et revendiqué est « déconstruction ».
– « Le travail sur soi » pour retrouver votre « champs de force » et votre capacité d’agir.

 

1. L’Évocation

C’est la transmission des valeurs collectives par la parole ou la cérémonie. Celui qui « évoque » doit non seulement toucher l’intellect de l’apprenti mais également imprimer ses sens. L’élève doit ressentir l’apprentissage, c’est-à-dire l’entendre, le voir : C’est la mère spartiate qui raconte les hauts faits des ancêtres au jeune garçon avant qu’il ne s’endorme ; c’est le mentor qui évoque les fondations de la cité devant son parterre d’élèves, le colonel para qui cite les morts et les faits historiques du régiment, sous le drapeau, devant les sections de jeunes recrues.
Dans la cité grecque, la nouvelle génération va peu à peu se familiariser avec la mythologie et l’histoire de la communauté, vibrer sous l’éloquence des maitres pour rejouer les gigantomachies et les guerres mythiques pendant la récréation. Chacun fait appel à son imaginaire, certes, mais celui-ci est guidé, savamment cultivé pour accéder à une vision verticale du monde, servir le collectif et ne pas tomber dans des rêveries oisives ou des velléités nombrilistes.

L’Évocation est la formation de l’âme individuelle au diapason du collectif. C’est la raison pour laquelle ce pouvoir fut utilisé pour le meilleur comme… pour le pire, notamment par les systèmes totalitaires brutaux du vingtième siècle comme pu l’être le Stalinisme. Durant près de cinquante ans, de Staline à Andropov, le régime communiste planifia en Russie et dans les pays satellites un endoctrinement mécanique des esprits qui ne visait pas à la formation d’hommes libres et responsables (1) mais à instiller un instinct grégaire, pour produire de « la chair à canon » et des esclaves économiques, à l’exemple de Stakhanov.

Le barde celte (ou gaulois) incarne une figure bien plus sympathique de l’évocation. Le barde qu’il ne faut pas confondre avec le druide et le devin, était celui « qui se présentait devant l’assemblée, qui établissait la louange ». A l’origine, leurs fonctions de poètes et de mentors consistaient à « raconter devant tous », les hauts faits des ancêtres, à faire les louanges d’un roi pour ses prouesses mais aussi à le blâmer pour ses manques. Les bardes pouvaient être itinérants ou attachés à une famille princière ; ils étaient des lettrés des sociétés celtes et gauloises, communiquant à l’oral comme à l’écrit, sans toutefois avoir de fonctions religieuses comme les druides, au statut plus élevé. Les bardes étaient les gardiens et les interprètes de la mémoire collective qu’ils diffusaient par des chants et des poèmes auprès des cours de Bretagne ou d’Irlande. Les plus fameux ont été Aneurin, Liwarc’h-Henn et surtout Taliésin, barde mythique du 6ème siècle dont une douzaine de poèmes du « Livre de Taliesin » lui sont directement attribués. (2)
Au fil des siècles et avec le recul de la civilisation celte sous la pression romaine puis saxonne, le rôle du barde dégénéra et se réduit au rang de simple chanteur populaire et de saltimbanque durant le haut Moyen-Age.

Nous pourrions comparer de nombreux Youtubeurs en développement personnel à ces bardes éloquents de l’Antiquité qui alternaient conseils, bon mots et satires. Beaucoup de ces youtubeurs se donnent, en effet, beaucoup de mal pour captiver leur public par des rafales de « punchlines », des tableaux blancs démonstratifs et des infographies « gamer ». Nietzsche, Marc-Aurèle ou William James sont souvent sollicités par eux pour appuyer leurs appels « à performer » qui se veulent mobilisateurs. Mais après la énième description de la bataille d’Austerlitz, les conseils de lecture « judicieux », les mantras de motivations rythmées par un synthé post-moderne pour aller « en salle » ou « à la boxe », l’injonction virile tonitruante… que se passe t-il ? Rien.
Tout simplement parce que l’évocation, le vibrant appel à l’action ne fonctionne que dans une « totalité », un cadre opérationnel complet qui vous permet de « pratiquer » en cohérence avec le message perçu.
Une évocation qui n’intègre pas un « cursus » (celui des 4E par exemple) pour l’incarner et passer à l’acte, n’incite qu’à la posture, à une « masturbation de velléitaire » chez celui qui, derrière son écran, sera capté par une dizaine de sollicitations simultanées.  Et cela, même si le discours du mentor est bon : même réussie, « l’évocation » sera toujours parasitée par la multiplicité des bruits et des sons de la modernité. Les vidéos de « Virilo » (3) peuvent être parfaites, vous emporter dans un monde de fureur et d’intensité bruyante, mais, si vous les écoutez entre deux saisons d’une série Netflix, une vidéo sur la disparition des Koalas, trois pubs et un passage sur Pornhub, elles seront diluées dans un maelstrom de sons, d’images, d’incitations à cliquer… et vous n’en ferez rien. Vous aurez juste passé « un petit moment » de consommation culturelle. (4)

L’inefficacité de la plupart des coachs ou mentors tient au fait qu’ils restent dans l’évocation et ne proposent que des « trucs » ou des conseils de la lecture, des postures… mais jamais d’actions concrètes à mettre en œuvre immédiatement.

 

2. L’Exemple

L’évocation des ancêtres, la « Geste », les « actes fondateurs » passés sont revivifiés par l’exemple vivant du père (ou à défaut celui du grand frère, de l’oncle ou du mentor).
L’enfant regarde le père agir, mime ses gestes, le questionne et, un échange père-fils se crée durant lequel le père va parler de ses haut-faits et initier des jeux, avec plus ou moins de pédagogie, pour donner un aperçu de ses fonctions. Il peut emmener l’enfant dans l’entreprise qu’il dirige et l’impliquer dans sa journée de travail, lui faire faire un tour en avion ou lui montrer comment on brandit le bouclier dans la ligne hoplitique ; dans une société traditionnelle, patriarcale, verticale, le père est le tuteur proche, le relais naturel de la vision du monde, familiale et communautaire, au même titre que le mentor. Et c’est en grandissant aux côtés de ce géniteur et protecteur qu’il admire et mime, que l’enfant, avec ses particularités qui fondent son autonomie, apprend les gestes et les mots de la collectivité.
Il peut sembler étrange, et presque suspect, d’entendre parler de famille, d’autorité paternelle et de communauté ; certains évoqueront même… horresco referens… un discours SECTAIRE !…
Mais, en fait, pour
un esprit du 18ème ou du 19eme siècle, normalement constitué, ce paragraphe sur l’Exemple constituerait une série d’évidences inutiles à préciser. Il n’y a que notre actuelle modernité occidentale et les bouleversements socio-économiques qu’elle a produits qui ont remis en cause ces liens filiaux et ses nécessaires transmissions d’exemples et de valeurs.

L’idée du texte n’est pas d’ailleurs de prôner tel ou tel système auprès d’un nombre croissant de lecteurs qui auront malheureusement grandi dans des familles monoparentales. Mais juste de pointer le doigt sur ce qui a fonctionné pendant 10.000 ans jusqu’aux années 1970 !

 

Rien ne vaut l'exemple du père dans la formation au courage.
Rien ne vaut l’exemple du père dans la formation au courage.

3. L’Entrainement

L’entrainement (ou l’apprentissage) active et met en forme le potentiel chez l’élève. Il lui permet d’apprendre des techniques savamment choisies par les instructeurs.
Que l’on se situe dans un cadre militaire, humanitaire ou dans celui d’un sport de combat (1), l’entrainement apprend à gérer une situation conflictuelle par l’acquisition et la répétition de gestes (combos) jusqu’à ce qu’ils deviennent des automatismes. L’élève se familiarise avec l’usage d’armes ou d’outils (quelques fois ses propres poings et pieds), de techniques éprouvées par les aînés et par l’adoption d’une attitude lui permettant de « se focaliser sur la technique de l’acte » pour réduire la pression émotionnelle, génératrice de peur.

Le « guide mémo des sapeurs-pompiers »(5), manuel de référence dédié aux « professionnels du feu », énumère l’ensemble des techniques et des mouvements opérationnels permettant de vaincre un incendie ; il résume l’entrainement des pompiers en couvrant les nombreux domaines que sont la résistance des matériaux et les manœuvres de forces, la physique, la chimie et les risques technologiques, la météorologie, les feux d’hydrocarbures, l’électricité et les radiocommunications, l’hydraulique… Ce guide est abondamment illustré en schémas, graphiques et tableaux qui vont permettre à l’élève pompier de visualiser, pendant ou avant l’entrainement, les marches à suivre. Et visualiser un champ opérationnel permet de le baliser par un mode opératoire, de se focaliser sur une série d’actions techniques à effectuer :  se concentrer sur la technicité de l’acte permettant de mobiliser son mental et ainsi, de réduire son « impressionnabilité » face au danger.
L’entrainement apporte donc la compétence technique mais aussi la gestion émotionnelle. Et puisqu’il agit en mode collectif, « l’homme du feu » acquiert également « l’esprit de corps », autre facteur de réassurance personnelle.

Ne croyez pas devenir quelqu'un sans vous entraîner à l'être.
Ne croyez pas devenir quelqu’un sans vous entraîner à l’être.

4. L’Expérience

L’entrainement est sanctifié par l’expérience. Le vécu est la condition ultime de l’apprentissage du courage. « Pathemata Mathemata » : « Ce qui a été souffert a été appris » disaient les anciens Grecs. Il n’y pas d’apprentissage valable sans expérience personnelle, sans la sueur et le sang.

Pour intégrer l’apprentissage, il faut se l’accaparer. Et, rien de tel que la dure et incontournable « friction du réel » pour s’obliger à répéter les gestes « comme à l’exercice » : on ne triche plus, « ça passe ou ça casse ». Vous avez beau être le meilleur en kata ou en « technique », quand vous êtes sur le ring ou dans la cage du MMA, vous faites face à un VRAI adversaire hargneux au milieu d’une foule hurlante. Et si vous rêvassez un peu trop longtemps sur le fait « qu’il existe encore « un filet », le choc des coups vous fait vite heurter le sol.

Les solides mentors de l’ancienne Sparte l’avaient bien compris en mêlant théorie, exercices physiques et « mises en situations réelles » dans la formation qu’ils dispensaient aux apprenti-citoyens. (6) Les jeunes spartiates étaient, en effet, livrés à eux-mêmes dans la nature et avec peu de provision. Ainsi forcés à voler de la nourriture pour tenir durant leurs longues journées d’entrainement, ils apprenaient « l’instinct de survie ».  A 16 ans, le jeune adolescent appelé « irène » entamait son « éphébie ». Celle-ci débutait par l’épreuve de l’autel d’Artémis Orthia, lors de laquelle deux groupes concurrents d’éphèbes devaient dérober des fromages situés au centre d’un autel. Mais sur cet autel, se trouvaient des porteurs de fouet qui avaient pour consigne de flageller tous ceux qui approchaient… les blessés étaient nombreux.
L’éphébie s’achevait par l’épreuve de la « cryptie » (ou cachette) durant laquelle le spartiate, alors âgé de 20 ans, devait se retirer et rester caché. Il partait sans provision, et devait encore voler pour survivre… sans se faire prendre. La nuit, il sortait de sa cachette pour chasser les ilotes (esclaves) et en tuer au moins un. Ceux qui étaient pris étaient punis. Ils avaient échoué à l’épreuve mais n’en devenaient pas moins des citoyen-soldats. Les rares qui réussissaient, avaient, eux, l’honneur d’intégrer des troupes spéciales chargées de « missions ponctuelles » comme l’élimination des esclaves ou le renseignement en territoire ennemi.

L’exemple extrême de l’éducation spartiate a pour mérite de bien nous démontrer que les sociétés, très exigeantes sur la qualité de leurs recrues, ne concevaient pas leur entrainement sans une exposition permanente aux risques. Eprouver son esprit et son corps aux rudesses de la formation permettaient de « bien faire rentrer » les enseignements.
Les corps d’élite des grands pays dit « civilisés » appliquent ces méthodes pédagogiques. Pour notre pays, il n’y qu’à interroger les recrues du 2ème RPIMA, du 2ème REP ou du commando Hubert pour se le faire confirmer (7).

 

Les manifestations violentes qui se multiplient dans tout le pays ont au moins un mérite. Vous offrir des champs d'expérimentation...
Les manifestations violentes qui se multiplient dans tout le pays ont au moins un mérite : vous offrir des champs d’expérimentation…


Évocation Exemple, Entrainement et Expérience
composent un système complet qui favorisent l’aptitude au courage. Aussi, si vous n’êtes pas né dans un milieu familial qui encourage à la bravoure, si vous êtes plus enclin au recul et à la peur qu’à la colère face à des racailles menaçantes, bonne nouvelle !… Rien n’est perdu ! Le courage s’apprend et il s’apprend à tout âge.

Je ne vous garantis pas que vous réagirez avec courage face à toute épreuve de la vie, néanmoins, le cadre que je propose vous permettra de monter en « Tension Intérieure » (TI), d’augmenter vos capacités de réaction et d‘intervention par la visualisation opérationnelle et la réduction de vos parasitages émotionnels.

 

Une vidéo complétera ce texte dans quelques jours; une formation est en préparation sur ce thème.

 

(1) Le texte ne s’inscrit évidemment pas dans cette logique d’enrégimentement mais vise à augmenter le courage de ceux qui entendent se défendre et défendre les leurs face aux dangers de l’époque.

(2) Sur ce lien, les présentations de ces différents textes : https://esmeond.wixsite.com/resumestableronde/le-livre-de-taliesin

(3) Au sein des communautés formant l’Androsphère, « Virilo » désigne un de ces youtubeurs virilistes « type » qui proposent des contenus assez proches voire totalement semblables. Si le « fond » de ces contenus est assez sommaire et souvent caricatural, la forme n’amène le « follower » nulle part, sinon à assister à des combats de coqs mythomanes et narcissiques.

(4) L’éducation du courage doit s’inscrire dans un ensemble culturel et opérationnel, cohérent pour être efficace. Si ce qui est dit à la « maison », à la télé et à l’école, s’oppose, alors l’individu se perd en cogitations, en dialogues intérieurs incapacitants, se fracture et annihile sa capacité à agir. L’homme devient un carrefour où s’affrontent des énergies et des influx extérieurs. Il n’est plus « champs de force » agissant mais « territoire occupé » agit. Il n’est plus acteur mais sujet en proie aux questionnements, perméable aux « tendances », perpétuellement « ouvert » aux débats et aux interrogations sur ses actes mais aussi sur sa propre identité.

(5) « Le guide mémo des sapeurs-pompiers », en vente sur le site dédié aux pompiers : https://www.laboutiqueofficiellepompiers.fr/

(6) Ce qui nous parait cruel du fond de nos canapés confortables, avait cependant l’avantage de préparer les combattants d’une cité aux puissances prédatrices qui menaçaient le Péloponnèse dans une époque où suer jeune épargnait de trop saigner à l’âge adulte.

(7) J’ai personnellement « expérimenté » un service militaire au sein d’un RPIMA dont les exercices et certains bizutages n’avaient rien à envier aux épreuves spartiates et, permettaient de bien rire du film « Le maître de guerre » où Clint Eastwood interprète un instructeur militaire.

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