Jeûner

Jeûne intermittent, jeûne thérapeutique, jeûne religieux… Le jeûne n’a jamais aussi été tendance. Des gourous de régimes alimentaires et des nutritionnistes nous disent même que pour maigrir, il est préférable de savoir « quand manger » plutôt que de savoir « quoi manger».
Le jeûne qui signifie « sans avoir avalé quoi que ce soit de toute la journée » est une discipline, personnelle ou collective, d’abstention alimentaire volontaire pendant un laps de temps plus ou moins long.  Il est pratiqué depuis la haute-antiquité au travers de cultes religieux ou de méthodes de guérison. Le jeûne est d’ailleurs, l’une des approches les plus anciennes d’auto guérison. 

Chez, les catholiques, le jeûne est pratiqué lors du Carême. Il s’agit d’une période de quarante jours situés entre Mardi-Gras, jour traditionnel de bombance pour mieux affronter l’abstinence et, la Semaine sainte qui commémore la Passion et la résurrection du Christ.  

Chez les juifs, Yom Kippour et Tisha Beav sont des jeûnes mentionnés dans la Torah. Il s’agit de reconnaître ses péchés, les confesser, puis faire expiation devant Dieu, et de « s’humilier », c’est à dire de jeûner.

Dans l’islam, il est pratiqué pendant le mois de ramadan. Ce jeûne d’un mois constitue l’un des cinq piliers de l’Islam. Au cours de ce mois, les musulmans ayant l’âge requis selon les courants de l’islam ne doivent pas manger, boire ou fumer ni entretenir de rapports sexuels de l’aube jusqu’au couche du soleil.

Dans l’hindouisme, les formes de jeûnes sont multiples, de plus ou moins longues durées. Durant les mois de juillet et août, beaucoup d’hindous suivent un régime végétarien et jeûnent les lundis et samedis jusqu’au soir. Certains jeûnes préconisent de s’abstenir de tel ou tel aliment ou, de sauter un repas par jour. Les Hindous pratiquent ainsi le jeûne intermittent depuis des milliers d’années.

Mais le jeûne a aussi été remarqué pour ses vertus thérapeutiques que certains guérisseurs et médecins ont observées dès l’Antiquité.
Au quatrième siècle avant JC. Le médecin grec Hippocrate préconisait de « soigner ses petits maux par le jeûne plutôt que de recourir aux médicaments ». 700 ans plus tard, le Perse Avicenne guérissait de nombreux cas de maladies avec trois semaines de jeûne. Au XVIème siècle, le médecin suisse Paracelse affirmait que le jeûne permettait l’autorégulation du corps. 2 siècles plus tard, Friedrich Hoffmann médecin de famille du premier Roi de Prusse, certifiait pouvoir soigner des maladies graves par « la modération et le jeûne ».
Le 20ème siècle a également vu la multiplication des thérapies à base de jeun comme celle de l’hygiénisme, méthode non conventionnelle fondée par Herbert Shelton qui prône également l’auto-guérison, le crudivorisme (1) et la naturopathie.

 

Les vertus thérapeutiques du jeûne

A chaque fois que l’on mange, le pancréas sécrète de l’insuline.  Cette hormone de stockage – l’insuline – assemble les stocks de sucre (véhiculés dans le sang après les repas ) sous forme de glycogène dans le foie et les muscles. Mais une fois que l’Insuline a assemblé le stock nécessaire (et donc limité) de Glycogène, elle produit des tissus adipeux avec les excès de sucre. Aussi, en multipliant les repas nous favorisons la création de masse adipeuse alors qu’en les restreignant, nous obligeons le corps à déstocker ces réserves de gras pour produire du glycogène.

La limitation des repas permet également au corps d’orienter son énergie pour produire d’autres hormones plus bénéfiques :
– La LH, ou testostérone, qui rencontre une baisse pendant trois heures (en moyenne) après chaque repas .(2) L’hormone anabolisante favorise la constitution de tissu musculaire mais aussi l’activité sexuelle et la confiance en soi. 
– La GH, l’hormone de croissance sécrétée par la glande pituitaire. La « fitness hormone » qui déstocke les masses graisseuses pour construire du nouveau tissu, et notamment du tissu musculaire.
– Le facteur neurotropique, protéine connue sous le nom de BDNF que l’on trouve dans le cerveau et le système nerveux qui favorise l’activité cognitive et joue un rôle positif dans la prévention des maladies neuro-dégénératives comme la maladie d’Alzheimer ou la démence.
Les effets du jeun sur la production hormonale ne sont pas anodins puisque selon certaines études, il permet un boost de production de GH de plus de 2000%

Le jeûne permet également de favoriser l’autophagie au sein de chaque cellule du corps. L’autophagie est ce processus biologique « éboueur » observé dans toutes les cellules qui possèdent un noyau – dites « eucaryotes » – comme les cellules humaines. Elle joue un rôle de purification en empêchant la formation d’agrégats de vieilles protéines dans la cellule – Accumulation qui constitue la première cause de vieillissement. Or, selon Brigitte Caillot, chercheur et spécialiste de l’autophagie à l’université de Genève, « l’autophagie est surtout activée quand il n’y a pas d’apport en nutriment, c’est-à-dire en période de jeûne. Il est donc, toujours selon elle, essentiel de limiter les snacks et de «jeûner» entre les repas. » (3)

 

D’autres raisons de jeûner ?

Au-delà des bénéfices évidents en termes de santé comme la perte de poids par le jeu des productions hormonales (moins d’insuline, plus d’hormones de croissance), l’augmentation de masse musculaire, la régénération des cellules et une optimisation des fonctions cognitives, le jeûne a une fonction psychologique importante : il vous permet de (re)prendre le contrôle.

Vous imposer une discipline qui demande finalement peu de moyens puisqu’il s’agit de « ne pas faire », vous permet donc de prendre ou de reprendre le contrôle de soi. Car même si la première raison du jeun non-religieux, est motivée par la volonté de perdre du poids, l’embonpoint constaté est souvent la marque d’un laisser-aller plus global.

En quantifiant votre ingestion de nourriture, vous imposez donc une norme nouvelle et un rythme qui annoncent un changement dans votre vie, celle d’une reprise en main. Il s’agit aussi de réaffirmer votre volonté en vous testant. Un test qui n’échouera que par notre faute car l’extériorité n’a aucun impact sur cette décision intime et son manque de suivi.

Jeûner permet aussi de vous réapproprier la sensation de faim, d’écouter votre corps pour sentir monter vous un réel besoin de vous nourrir. C’est une attitude d’écologie personnelle qui nous détache des automatismes de cette montre indiquant arbitrairement les heures sociales durant lesquelles nous devons déjeuner ou dîner.    

Le jeûne part donc d’un constat, celui d’une nécessité de rompre avec les anciennes habitudes de laisser-aller, pour amener peu à peu vers une ascèse purificatrice (4) qui permettra d’assainir le fonctionnement de l’organisme tout en apportant un certain détachement.

Dans ses entretiens, Epictète (4) multiplie les conseils de jeûne : « Manger et boire comme le fait la foule, c’est-à-dire sans discipline particulière, selon son désir, cela n’est pas possible. (Entretiens III, XV, 10) ». Il convient donc de suivre une discipline en se testant : « Si tu veux t’exercer un jour pour toi-même, si un jour tu as soif par une grande chaleur, aspire une gorgée d’eau fraîche, crache-la et ne le dis à personne » (Entretiens, III, sous ch XII, §17). 
Et l’objectif stoïcien dans le jeûne est la recherche de l’équilibre et du raisonnable : « Jeûne et bois de l’eau, abstiens-toi de tout désir pour ne plus avoir un jour que des désirs raisonnables » (Entretiens, III, sous ch XIII, §20). Ce qui prouve sa grande supériorité sur les morales monothéistes qui n’amènent qu’à la mortification.

 

Comment jeûner ?

Il faut pratiquer le jeûne, toujours selon Epictète, en trouvant « la bonne foulée, la bonne vitesse, et ne pas se tyranniser : il faut que nous puissions dire à tout moment « Voyez, hommes, je ne possède rien (mais) il ne se trouve pas de mal à ce régime sévère » et si celui qui m’adresse ces paroles a l’aspect et le visage d’un condamné, quel Dieu me persuadera de m’adonner à une philosophie qui produit des hommes pareils ? Bien loin de là ! Je ne le voudrais pas, même si j’étais sur le point d’être sage » (Entretiens, IV, XI, 23). 
Entre laisser-aller et pétrification, il y a donc un équilibre à trouver pour mettre en pratique votre jeûne. Il ne s’agit pas d’arrêter de se nourrir pendant un mois pour suivre un jeûne à sec sans préparation et surtout sans passer par des pratiques moins longues qui serviront de paliers.

Le jeûne intermittent parait donc être la meilleure entrée en matière. Il consiste à espacer les repas pour en supprimer un ou deux par jour.
Certains suivent la règle du 16h00 – 8h00 et d’autres se restreignent à un repas par jour en respectant une durée de 20h00 ou de 22h00 entre chaque repas.  
Les « matinaux » vont plutôt se nourrir en début de journée pendant que d’autres, au biorythme opposé, choisiront de fixer leur principal repas sur l’heure du dîner.
En fait, les seules règles pour un bon jeûne intermittent consistent à respecter un écart suffisant entre les deux repas pour permettre de rendre l’exercice efficace : 20 heures est temps conseillé pour permettre d’agir efficacement sur l’organisme.

Il est également possible d‘appliquer la règle des 6 – 1 qui consiste à manger normalement 6 jours pour jeûner pendant 1 jour entier… ou sa variante, le 5 – 2 (5 jours en se nourrissant normalement pour effectuer deux jours sans nutrition).

Une fois, le jeûne intermittent adopté, il est possible de suivre des durées plus longues.

Vous pouvez vous tester sur un jeûne de trois jours durant lequel vous prendrez soin de boire abondamment de l’eau minérale (en tout cas pour votre première fois) et prendrez une soupe par jour, de préférence le midi.

Le jeûne de sept jours est l’étape suivante. Celui qui le suit pourra soit se contenter d’eau, soit absorber quotidiennement une soupe, à un moment de la journée correspondant à son biorythme.
« Ce type de jeûne est assez pratiqué même s’il est préférable de vous faire accompagner par quelqu’un d’expérimenté, surtout les premières fois. Précédé d’une période de préparation, et suivi d’une période de reprise alimentaire, le jeûne est hydrique et s’exécute pendant 6, 7 ou 8 jours. Il peut y avoir quelques symptômes physiques désagréables, de courte durée, et/ou des épisodes émotionnels. Le nettoyage et la régénération cellulaire sont déjà bien efficaces en une semaine. Jeûner une semaine peut être répété à une fréquence annuelle, ou deux fois par an, au printemps et à l’automne par exemple. De nombreux témoignages montrent que jeûner trois fois une semaine, avec des jeûnes répartis sur 12 à 18 mois, diminue drastiquement et va parfois jusqu’à éliminer complètement des allergies, de type respiratoire ou de peau notamment. » (4)

 

Dans quelles conditions jeûner ?

Il faut éviter de commencer un jeûne si l’on est fatigué, sujet aux troubles cardiaques, de carences nutritionnelles, de maladies rénales, de cancer, de grossesse. Les diabétiques doivent aussi éviter de jeûner. Si vous suivez un traitement médicamenteux, il est préférable de prendre conseil auprès de votre médecin traitant avant d’entreprendre quoique ce soit.

Pour initier un jeûne, il est également préférable de choisir une période calme de sa vie durant laquelle vous ne serez pas amené à :
– travailler sur un projet professionnel exigeant beaucoup d’énergie
– fournir une forte activité physique ou intellectuelle
– socialiser beaucoup
– connaitre du stress ou subir de changements difficiles.

Le jeûne doit toujours se pratiquer dans des conditions de quiétude et de stabilité. Il peut se pratiquer seul, mais à deux ou en groupe (dans le cadre d’un séjour dédié par exemple) c’est encore mieux. Dans sa forme intermittente, il peut même devenir une discipline permanente qui vous donne rendez-vous une fois par jour devant votre assiette. Après tout, vous ne ferez que retrouver le mode de vie de nos ancêtres qui se contentaient d’un repas quotidien, souvent frugal.

Quoiqu’il en soit, vous constaterez rapidement les bienfaits de la réduction des repas si vous suivez une discipline régulière. En maintenant un écart minimum de 16h00 entre les repas pour laisser le corps se « détoxer » vous vous sentirez purifié (l’effet de l’autophagie) et, surtout, vous perdrez entre 5% et 7% de votre poids, dès le premier mois.


(1) Pour en savoir plus le crudivorisme, pratique alimentaire qui consiste à se nourrir exclusivement d’aliments crus : Lesbrinherbes

(2) Voir les deux articles consacrés au sujet de la Testostérone : Testostérone #1 et Testostérone #2

(3) Brigitte Caillot citée par « Le Temps » au sujet du prix Nobel de médecine récompensant le docteur japonais Yoshinori Ohsumi pour ses travaux sur l’autophagie : Vers l’article du journal Le temps

(4) Epictète – Les Entretiens

(5) « Jeûne, Yoga et Randonnée » d’Isabelle van Wynsberghe

 

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