Deep Work : retrouver la concentration au travail #3

Dernière et troisième partie (ouf !) du texte consacré au « Deep Work », le livre de Cal Newport qui vous apprend à travailler moins longtemps et plus profondément.

 

Vous avez vus dans la partie 2, quelles sont les 4 stratégies de travail profond que vous pouvez utiliser selon votre façon de vivre, vos activités professionnelles et les objectifs que vous vous êtes fixés.
Ici vous verrez comment moduler la stratégie choisir.
Bonne lecture ! 

 

Ritualiser

Ritualiser consiste à organiser vos séances de travail de façon à en obtenir le maximum de productivité. Chacun a ses propres rituels qui dépendent bien sûr de la psychologie mais aussi du moment et du lieu où vous choisissez de travailler. Des personnalités « qui ont compté dans le mouvement des idées » ont eu une gestion très stricte de leurs journées de travail, extrêmement cadencées comme Charles Darwin qui se levait à 7h00 du matin, faisait une marche, travaillait de 8h00 à 9h30, traitait son courrier pendant une heure, retrouvait le travail de 10h30 à 12h00… puis reprenait ainsi l’après-midi et chaque jour qui suivait.

Pour définir vos rituels, vous devrez déjà répondre aux questions suivantes :
– Où travaillez-vous et pendant combien de temps ? A votre bureau chez vous ? A l’hôtel comme l’auteure d’Harry Potter, le matin très tôt comme Michel Houellebecq ?…
– Comment procédez-vous une fois la séance commencée ? Quelles sont vos méthodes de travail, votre relation avec Internet ? Votre rythme de production en nombre de pages (pour l’écriture ou la lecture par exemple) ?
– Comment apportez-vous le soutien nécessaire à votre travail ? Faites-vous du sport avant de travailler ? Prenez-vous du café (par exemple) ? Ecoutez-vous de la musique en travaillant ?

 

Employer les grands moyens

Le changement d’environnement ou la quête de calme ne sont pas les seuls facteurs à favoriser la profondeur de concentration. La force dominante est la psychologie consistant à s’investir extrêmement sérieusement dans la tâche à exécuter. Aussi « choisir un lieu exotique pour se focaliser sur un projet d’écriture, prendre une semaine de vacances dans le seul but de réfléchir ou s’enfermer dans une chambre d’hôtel afin de terminer une intervention importante place votre objectif de profondeur au rang de priorité mentale et vous aide à débloquer les ressources mentales nécessaires pour parvenir à vos fins. » Pour illustrer ce bienfait, l’auteur cite différents exemples de chercheurs qui ont ponctuellement choisi un lieu d’exil pour « se concentrer » mais également le cas de J.K Rowling, l’auteure de Harry Potter qui avait des difficultés pour achever la série. Celle-ci sous pression pour l’écriture de son 6ème et dernier tome, attendu de tous et qui devait représenter la clef de voûte de toute la série, décrivait son univers de travail,  peuplé « d’enfants qui jouent, de chiens qui aboient et de laveurs de carreaux débarqués à l’improviste », rendant très difficile sa tâche. Aussi décida t-elle de s’installer dans la suite d’un hôtel proche du château d’Édimbourg où elle vit; elle y passa d’abord quelques jours pour finir un chapitre puis s’y installa jusqu’à la fin du roman après avoir constaté le bienfait de l’exil sur sa production. 

J’ai testé moi-même cette méthode en m’isolant dans un hôtel à Delphes (Grèce) juché à 1000 mètres d’altitude et faisant face à la vallée des Oliviers, située entre la mer et la chaîne du Montparnasse. En trois séjours d’une semaine chacun, toujours au même étage, dans la même chambre qui offre une terrasse de 8m2 face au vide, sur ce site mythique et particulièrement chargé d’énergie tellurique, j’ai pu constater le bienfait de l’isolement sur ma capacité d’écriture et de lecture. Lors des vacances 2018,  j’y ai préparé le site et commencé à rédiger les premiers textes. Lors de cette même semaine, j’ai également lu et fini 5 livres sans vraiment d’effort, tout en écrivant et en effectuant des marches de montagne d’environ 5 heures par jour.

 

Ne pas travailler seul peut être un plus pour le travail profond

L’auteur préconise, via cette méthode, de considérer deux espaces distincts de travail. L’un est dédié au travail en profondeur, c’est l’emplacement du bureau, des rites, des tranches horaires dédiées, du calme au service du travail de production individuel. Le second, est celui de « l’échange » avec des collaborateurs impliqués ou seulement avec des personnes travaillant dans des univers voisins ou complémentaires au vôtre.
Dans le premier cas, vous pouvez instaurer un système de « tableau blanc » sur lequel chacun des membres de l’équipe y pose des questions ou formule des suggestions sur le projet et auquel les autres membres de l’équipe peuvent répondre en fonction de leur passage dans le lieu dédié. Les réunions entre plusieurs membres peuvent y être également organisée. Cette solution qui vise à remplacer l’échange par mail dans un laps de temps limité, doit évidemment remplir quelques conditions comme la facile accessibilité au lieu pour tous les membres de l’équipe et la synchronisation des planning.
Dans le second cas, celui des rencontres fortuites mais intéressantes, il convient de choisir un lieu où vous ferez des rencontres particulièrement qualifiées comme un « cercle de réflexion », un lieu d’étude, une bibliothèque (même si les échanges y sont réprimés) ou un café particulièrement fréquenté.
L’objectif dans ces deux cas étant de remplacer les réseaux sociaux ou les modes de communication virtuelle par de vraies rencontres ciblées pour y collecter des idées ou des points de vue qui permettront d’enrichir votre travail.

 

Se diriger comme une entreprise

Pour décrire cette option, Cal Newport se réfère au livre de Christophe Christensen (1), The 4 disciplines of Execution, qui décrit donc 4 disciplines (4DX, en abrégé) permettant d’aider les entreprises à mettre en œuvre des stratégies de haut niveau. Cal Newport y applique les principes au travail personnel :

Discipline n°1 : se concentrer sur ce qui est primordial
Il est important de vous donner un objectif à sa concentration. Déjà, pour lui donner un sens. Ensuite pour la nourrir et la développer car la simple exhortation « à consacrer plus de temps au travail en profondeur » ne suscite évidemment pas l’enthousiasme.
Si vous définissez un objectif précis « procurant des avantages professionnels tangibles et notoires » cela n’en sera que plus motivant : « Si vous souhaitez remporter la bataille de la distraction, n’essayez pas de dire « non » aux distractions courantes en libre-service dans l’univers de l’information ; essayez de dire « oui » au sujet qui fait naitre une envie irrépressible et laissez celle-ci supplanter tout le reste. » (2)

Discipline n°2 : agir conformément aux indicateurs stratégiques
Une fois l’objectif primordial défini, vous devez évaluer et mesurer votre réussite.

Il existe deux types de critères selon l’auteur de 4DX (repris par Newport) :


– Les indicateurs de résultat décrivent ce que vous essayez d’améliorer. Par exemple, si vous avez pour objectif d’accroître la satisfaction client sur l’expédition de vos produits, l’indicateur de résultat correspond aux notes données par vos clients sur le questionnaire de satisfaction que vous leur enverrez.

Le seul problème des indicateurs de résultats c’est la réponse tardive et passée que vous obtenez : la performance mesurée ainsi appartenant à une initiative passée.

– Les indicateurs stratégiques, en revanche, évaluent les nouveaux comportements menant au succès (pour une nouvelle action), sur la base des enseignements obtenus par des indicateurs de résultat précédents. « Autrement dit, les indicateurs stratégiques vous incitent à améliorer les comportements que vous contrôlez directement dans un avenir proche et qui auront un impact positif sur vos objectifs à long terme ». « Pour une personne centrée sur le travail profond, l’indicateur stratégique consiste à mesurer le temps passé dans un état propice au travail en profondeur » pour en déterminer l’impact sur l’atteinte de l’objectif primordial.
Apprenez donc à mesurer au quotidien chaque heure passée en immersion.

Discipline n° 3 : disposer d’un tableau d’affichage stimulant
« Les gens jouent différemment quand ils comptent les points » expliquent les auteurs de 4DX.
Votre tableau d’affichage que vous pouvez accrocher au mur, près de votre bureau, peut-être l’indicateur physique de votre indicateur stratégique sur lequel vous inscrivez les heures passées quotidiennement à travailler profondément.
Le tableau physique visible dans votre aire de travail est important, ; mais il peut aussi se compléter par un fichier Excell sur lequel vous aurez inscrit vos performances passées établissant la relation entre le nombre d’heures investies et le type de résultat acquis.

Discipline n° 4 : créer une cadence de responsabilisation
« Les auteurs de 4DX indiquent que la dernière étape pour rester concentré sur les indicateurs stratégiques est la mise en place « de réunions fréquentes et régulières pour toute équipe réunie pour l’atteinte d’un objectif primordial. »
Une personne travaillant seule (et qui n’a pas d’équipe) peut malgré tout faire un point hebdomadaire sur ce qu’elle a produit et planifier le travail de la semaine suivante. Se surveiller ainsi, « s’autoévaluer » semaine par semaine, permet de valider la stratégie initiale choisie et surtout le respect du planning et de la cadence de travail. Ce suivi peut très bien se faire dans le cadre d’« un journal de travail » sur lequel vous inscrirez votre progrès et notifierez les heures passées ainsi que les éventuels avancées obtenues ou les obstacles rencontrés.

 

Savoir être paresseux

Rituels, routines de travail, tableau d’affichage, auto-évaluation, programmation d’heures de travail… sont autant de contraintes que vous vous fixerez pour atteindre vos objectifs. Aussi, pour tenir « toute cette discipline »,  il est important pour vous d’avoir un but suffisamment motivant mais également de vous aménager des pauses durant lesquelles vous ne travaillerez plus ou ne penserez plus à votre travail.
L’oisiveté (ponctuelle) est considérée comme une source de régénération intellectuelle pour beaucoup d’auteurs. Cal Newport, propose de « mettre le couvert à la fin de la journée de travail jusqu’au lendemain matin sur tout ce qui concerne votre vie professionnelle ». Ce qui implique de ne plus penser à sa journée de travail passée, ni à celle qui vient, de revenir sur vos notes ou de re-valider ce que vous avez produit dans la journée.

Trois raisons motivent cette stratégie :  

L’arrêt intellectuel favorise l’apparition d’idées
Le fait d’offrir à votre conscience un temps de repos suffisant permet à votre subconscient de démêler vos problèmes les plus complexes.

L’arrêt intellectuel contribue à faire le plein d’énergie nécessaire au travail en profondeur
Ce temps de repos permet à votre faculté de concentration, limitée chaque jour , de se recharger. La Marche dans la nature est vivement conseillée dans ce cadre car elle est apaisante et peut offrir des « stimulis fascinants » qui ne nécessitent pas de se concentrer, comme observer le vol d’une chauve-souris ou voir des lapins courir. Ecouter de la musique, jouer avec vos enfants ou préparer le diner sont des activités récréatives qui permettent de régénérer l’attention pour le travail du lendemain.  

Les tâches remplaçant l’arrêt intellectuel du soir ne sont généralement pas importantes
Si vous vous êtes suffisamment plongé dans un état d’immersion dans la journée permettant d’atteindre des résultats tangibles, votre conscience jugera la journée satisfaisante et vous pourrez alors vous adonner à des activités superficielles sans pâtir de « l’effet Zeigarnik » (3) qui décrit l’état de ceux dont l’esprit est accaparé par les tâches inachevées.

Dans son livre, Cal Newport vous apporte une méthode structurée et structurante qui permet de lutter contre ce qu’il nomme les trois fléaux du travail en profondeur : la peur de l’ennui, l’utilisation (compulsive) des réseaux sociaux et la superficialité. J’aborderai ces trois thèmes dans de nombreux articles à suivre… et vous croiserez à nouveau cet auteur utile sur IMPERATIF.

 

Retrouver la concentration au travail

 

(1) Christophe Christensen, professeur à la Harvard Business School et auteur de « The 4 disciplines of Execution »
(2) David Brooks – L’art de se concentrer
(3) Bluma Zeigarnik est un psychologue du début du 20ème siècle qui a mené des travaux expérimentaux sur la concentration et l’attention.

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