Déconditionnement : où commencer ? #1

Médias, réseaux sociaux, smartphone, transports en commun… Le « Système » (1) par l’intermédiaire de l’Etat, des médias ou de la consommation courante, produit du formatage et des distractions chez chacun d’entre nous, générant automatismes et reflexes pavloviens, pour dangereusement mener certains d’entre nous vers des pratiques compulsives ou addictives.
Les 15 premières mesures de déconditionnement listées ci-dessous concernent notre vie quotidienne. Elles sont immédiatement applicables après la lecture de l’article (2). Les plus avertis d’entre vous n’y verront que des rappels sur des usages qui leur sont familiers. Il m’a néanmoins semblé nécessaire de rédiger ce texte pour initier la rubrique « déconditionnement ».

1. Débrancher la télé… puis s’en débarrasser au plus vite
La télé est un média de masse dont la tendance accentuée, depuis le début des années 2000, est de produire du divertissement qui doit plaire au plus grand nombre. Ces émissions de divertissement, implémentées d’un nombre croissant d’inserts publicitaires, sollicitent ce qu’il y a de plus basique en nous. Les productions de télé-réalité répondent au voyeurisme du public, à l’attrait excité pour le scandale savamment mis en scène pour faire monter l’audimat. En restant passifs devant l’écran de télé, nous restons captifs de storytelling sans cesse dupliqués et copié-collés les uns sur les autres. C’est un manège sans fin.
Cette critique s’élargit bien sûr aux émissions « sérieuses », culturelles ou informationnelles qui véhiculent l’idéologie du régime et aux journaux d’information, véritables relais putassiers qui jouent sans cesse sur la corde émotionnelle du public, distillant peur et appréhension, envies ou frustrations, en fonction de l’actualité.  
Si vous êtes arrivés jusqu’à cette page, nul besoin de poursuivre la démonstration ; c’est à vous d’avoir la volonté de « sortir la télé », ce « truc » inélégant qui occupe votre séjour.

2. Maitriser son smartphone 
L’utilisation du smartphone exige beaucoup de vigilance pour celui qui souhaite opérer un vrai déconditionnement. Lorsque vous faites l’acquisition d’un appareil, commencez déjà par y supprimer toutes les applis inutiles, celle qui, préinstallées, vous proposent de filmer, d’écouter ou de partager des médias ; les cinq, six jeux débiles qui pourraient se révéler addictifs sont également à désinstaller.   
En opérant ainsi, vous vous débarrasserez d’icônes inutiles et trop nombreuses qui parasitent votre vision à chaque consultation de l’écran et vous gagnerez de la mémoire pour stocker vos propres fichiers.

3. Smartphone : Désinstaller Facebook… pour commencer
Facebook est un site à vocation communautaire qui ne nécessite pas de temps de réaction courts contrairement à des supports plus nerveux comme Twitter. Aussi se connecter à la plate-forme, une ou deux fois par jour, est nettement suffisant pour entretenir et développer votre réseau d’amis. Retirer l’application de votre smartphone, vous évitera de vous perdre dans la lecture de vidéos ou de posts polémiques auxquels vous serez tenté de répondre pour des débats sans fin comme il y en a des milliers chaque jour. Il est à noter d’ailleurs qu’un phénomène de désaffection de masse touche actuellement Facebook aux Etats-Unis : Selon l’institut indépendant Pew Research Center, un quart (26%) des utilisateurs de Facebook aux États-Unis ont supprimé l’application du réseau social de leur smartphone entre juin 2017 et juin 2018 avec une tendance plus marquée de 44% chez les 18-29 ans.
Cette désaffection qui s’explique par de bonnes et de mauvaises raisons (dont la transhumance vers d’autres plateformes comme Instagram), peut également prendre d’autres formes, comme celle du « jeune de Facebook ». Un nombre croissant d’occidentaux et parmi eux, de nombreux Français, pratiquent « l’abstinence de Facebook », mettant l’application en sommeil pendant le temps des vacances ou une durée de quelques semaines à plusieurs mois. Lorsqu’ils reviennent sur la plateforme, ceux-ci témoignent du bienfait de la « cure » permettant de dédier plus de temps à la vie réelle et à ses projets, proposant ainsi un mode opératoire repris par d’autres.

4. Smartphone : Désinstaller aussi Tinder
Tinder est l’application de rencontre qui permet de « matcher » des profils de femmes ou d’hommes dont les photos vous plaisent. Lorsqu’une femme et un homme se « matchent » mutuellement, une fenêtre de dialogue s’ouvre pour leur permettre d’échanger. Si en théorie, chacun se prend à espérer qu’il va pouvoir ainsi multiplier les rencontres, il en est tout autre en pratique. Une femme reçoit en moyenne 250 à 300 matchs par jour pour 4 matchs reçus en moyenne par un homme. C’est donc un système très avantageux pour des femmes surtout quelconques alors que c’est la « disette » puis la frustration assurée pour un homme au physique normal ou même un homme supérieur qui n’affichera pas des photos susceptibles de le mettre en valeur. C’est donc un système très avantageux pour les profils « beaux gosses », 25-35 ans, montrant des visuels vendeurs de visage photogénique et de torse bodybuildé, ces fameux 20% masculins sur-sollicités qui concentrent sur eux 80% des matchs féminins pendant que les autres (les 80% restant) obtiennent difficilement des dialogues, souvent décousus, avec des femmes qu’ils ne remarqueraient même pas dans la rue. Quelques jours d’existence sur Tinder, vous permettent de savoir de quel côté de la barrière vous vous situez. Si vous êtes parmi les 80%, désinstallez l’application. Pas la peine de perdre du temps : votre présence sur Tinder développe en vous de la frustration et nourrit un système qui profite à d’autres. Préférez des sites de rencontre où d’autres paramètres du profil (comme l’expression écrite ou les goûts) relativisent les seules photos (même si elles restent l’élément déclencheur de l’attirance sur tout support)… ou socialisez dans la vie réelle, ce qui est encore la meilleure façon de rencontrer quelqu’une sans passer par des protocoles chronophages.

5. Smartphone : Ne répondez pas (systématiquement) aux appels téléphoniques
Votre mobile est un outil au service de votre communication et de votre socialisation ; donc un instrument de pouvoir, pas une laisse. La sonnerie de l’appareil de doit pas devenir ce coup de sifflet sur lequel vous vous précipitez pour décrocher dès la première sonnerie. Apprenez, là aussi à prendre du champ : développez l’habitude de laisser sonner plusieurs fois avant de répondre. Et encore mieux, entrainez-vous à ne pas répondre.  Cindy (85 E – rapport taille-hanches 0,70), rencontrée dernièrement sur « Adopte », vous appelle pour vous proposer de passer la soirée chez elle afin de tester son « petit ensemble » « Agent provocateur » ?… Ne décrochez pas, Tenez !  Regardez calmement l’écran qui affiche son visage jusqu’à la fin de l’appel puis, donnez-vous dix ou vingt minutes pour la rappeler.
Effectuer cet exercice sur les appels les plus « tentants » constitue un outil efficace de déconditionnement à moindre coût. Il permet de développer sa volonté « de ne pas faire » et renforce ainsi votre résistance aux distractions et à tout ce qui vous divertit des objectifs fixés.

6. Eteindre l’ordi chaque soir
Le PC ou le Mac nécessitent d’être éteint à chaque fin de journée après utilisation. Eteindre l’ordi le soir réduit la tentation d’y consulter immédiatement et systématiquement les mails et les réseaux sociaux au réveil. Votre vie est importante, plus importante que la communication des autres et, chaque matin, doit être cette cérémonie, ce rite qui vous placera au mieux dans le monde. Aussi, commencez la journée par prendre soin de vous : effectuez des exercices physiques d’assouplissement et de renforcement musculaire, frottez-vous énergiquement la peau sous une douche froide tonifiante, prenez le temps de vous préparer un petit-déjeuner équilibré, rangez votre espace de vie, faites votre lit si vous n’avez personne pour le faire… Autant de rituels simples à appliquer qui initient les bonnes journées productives.

7. Se détourner des jeux vidéo
Les jeux vidéo (3), malgré la liberté d’agir ou d’interagir qu’ils semblent offrir, restent des vecteurs de formatage du mental. Ils insèrent le joueur dans un univers segmenté et borné dont les codes et les modes opératoires sont pensés pour rendre la pratique addictive. Le joueur s’enfonce alors peu à peu dans un univers imaginaire correspondant à ses attentes inconscientes. Il se met en relation avec d’autres joueurs aux envies similaires pour développer une socialisation factice basée sur du divertissement virtuel. Pendant qu’il augmente quotidiennement son nombre d’heures de pratique, d’autres, eux, utilisent ce même temps pour renforcer leur corps, développer leurs connaissances, multiplier les rencontres épanouissantes, produire de la valeur… et ainsi renforcer leur position dans le réel.
Lorsque vous jouez, vous évoluez non seulement dans un univers fini pensé par d’autres cerveaux, vous vous confortez à des règles et des comportements programmés mais, en plus, vous passez beaucoup de temps… à en perdre.
Il existe une seule méthode efficace pour se détourner de cette pratique ludique quand on est atteint d’addiction : c’est de désinstaller tous les logiciels de jeux de l’ordi, de supprimer son compte sur la plateforme (si le jeu est téléchargeable via le net) et/ou de jeter les CD d’installation. Le tout doit être effectué complètement et simultanément : Il n’existe aucune autre méthode viable de se défaire volontairement de cette pratique compulsive.
Il s’en suivra, bien sûr, une phase de sevrage obligée dont la durée (3 à 7 jours) dépendra du niveau d’addiction du joueur. C’est pour cela qu’il est conseillé de prendre une telle décision avant un départ en vacances ou un changement de cadre de vie.

8. Eviter le porno
La consultation de sites internet pornographiques a connu, ces dernières années, une inquiétante progression chez les jeunes hommes mais également auprès de la tranche d’âge des pré-adolescents.*
Face à ce phénomène, trois niveaux de critiques sont identifiables :
– Une critique moraliste et religieuse sur la consultation de ces vidéos et son corollaire, la masturbation ;
– Une critique politique et sociologique qui vise à dénoncer, d’une part, l’identité des bénéficiaires de cette industrie ainsi que l’importance des bénéfices produits, et, d’autre part, les modes opératoires et les figures symboliques mis en scène dans les différentes vidéos ;
– Une critique, émise sous l’angle du développement personnel, qui dénonce les méfaits au quotidien de la porno-dépendance et, la perte de vitalité chez l’homme qui pratique, de façon compulsive, « la masturbation à terme ».
Un nombre croissant de publications dénoncent la nocivité de la pornographie, dont « Sociologie du hardeur » de Lounès Darbois, édité en juin 2018 chez Kontre-Kulture qui « évoque l’avilissement de l’homme en même temps que celui de la femme ». Outre-Atlantique, des communautés « nofap » organisent, sur le net, des défis où les participants comptabilisent publiquement leur jour d’abstinence de porno et de masturbation à la manière des alcooliques anonymes. Car le danger social est réel pour celui qui tombe dans l’addiction. Un film a d’ailleurs réveillé les consciences à ce sujet : « Shame », sorti en 2015 et réalisé par Steve McQueen dans lequel Michael Fassbender interprète un sex-addict doublé d’un porno-dépendant. La production montre les dégâts que provoque la dépendance au sexe et les conditionnements qu’il entraine. L’homme n’est plus libre : sa compulsion le décrédibilise dans son milieu professionnel et l’isole de ses proches. Il s’enferme dans des modes opératoires qui l’empêchent d’établir des relations sentimentales saines et relèvent de l’obsessionnel, du « toujours plus », « puisque le besoin d’excitation et de situations sexuelles toujours plus fortes se fait ressentir. » écrit Florent Badou dans son livre « Avant j’étais accro au porno ».
Le second danger de cette dépendance est la déperdition d’énergie évidente surtout quand la masturbation se pratique 3,5 voire 8 fois par jour. Un état de fatigue se constate chez celui qui se « vide de son énergie vitale » ; il devient inactif, apathique, inapte au sport, à la prise d’initiatives, à toute activité qui exige du dynamisme et de la concentration pour préférer se replier sur lui et se contenter d’une vie végétative. (2)
Deux attitudes avisées sont envisageables pour celui qui souhaite sortir de ces pratiques compulsives : prendre rendez-vous chez un addictologue pour entamer un suivi de désintoxication ou s’inscrire sur une communauté « nofap » qui constitue un lieu et d’échange et de motivation pour sortir de cet état.


Consacrer son ordi à la connaissance et à l’acquisition de compétences

Nous avons la chance de connaitre une époque bénéficiant d’avancées technologiques incomparables dans l’histoire. Songez à ce qu’internet a apporté à la capacité de comprendre le monde, à développer des compétences que ce soit dans l’apprentissage des langues, dans la découverte d’autres cultures, de lieux, les connaissances technologiques, historiques… Et qu’en font bon nombre de contemporains ? Ils postent des images de chatons sur Facebook, regardent du porno, jouent à des jeux vidéo, « trollent » et s’invectivent au sujet d’acteurs de télé réalité qui collectionnent des centaines de milliers de suiveurs sur Instagram… Sortez du lot ! Consacrez votre ordi à des activités constructives et créatives, informez-vous, cultivez-vous en prenant du temps pour sélectionner la qualité de vos sources d’information. Youtube est un exemple de ce qui peut exister de meilleur et de pire sur une plateforme : d’un côté, des accidents de voitures complaisamment filmés, des clips musicaux débiles et des clowns égotripés qui vous affligent de leurs arguments grossiers sur l’actualité; de l’autre, des reportages fascinants sur l’astronomie ou la vie quotidienne au Tibet, des émissions culturelles sur tous les domaines de la connaissance, des vidéos réalisées par des passionnés anonymes qui vous font partager leur enthousiasme sur des thèmes dont vous ignoriez jusqu’alors l’existence…

(1) Le « système », évoqué plusieurs fois dans ce texte, désigne l’ensemble complexe et nébuleux, des structures étatiques, privées et associatives inter-agissantes d’où les autorités et leurs relais, produisent et diffusent la dominance.

(2) La porno-dépendance fera l’objet d’un prochain article qui mettra l’accent sur la perte d’énergie que sa consultation et la pratique masturbatoire, entrainent.

(3) Une étude réalisée par TNS Sofres entre le 13 et le 25 septembre 2014, révéle que 71,2% des citoyens français, entre 6 à 65 ans, jouent aux jeux vidéo, soit 33,9 millions d’individus. Parmi ces joueurs, près de la moitié d’entre eux (48,9%) déclarent jouer quotidiennement (Dont 14,3% (des joueurs) affirment s’y abandonner de 3 à 8 heures (et 4,6% de grands malades y passent plus de 8 heures) par session… Et l’étude date de 4 ans…

Vers la seconde partie de l’article

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