Covid-19 : La République En Masque

La pandémie a surpris tout le monde. Les officiels bien sûr mais aussi les collapsologues « diplômés », les business men de la survie, les romanciers du pire ou les youtubeurs du sociétal, personne n’avait prévu cette situation où des populations de dizaines de pays seraient sommées de rester « confinées ». D’ailleurs, aucun scénario de films « catastrophe », pourtant produits par des cerveaux souvent très imaginatifs, n’a jamais décrit ce type de situation.
Scènes de panique dans les supermarchés, rues des mégalopoles européennes totalement désertes, explosion des ventes d’armes aux USA… certains décrivent la situation comme inédite et anxiogène quand d’autres y plaquent leur soif d’apocalypse et leurs fantasmes d’abîme. Ce qui est sûr c’est que le fantastique a envahi notre quotidien et qu’il est devenu plus passionnant de regarder les chaines d’info que Netflix.

 

Je ne vais pas vous parler de virologie, de médecine, je ne vais pas vous dire comment vous laver les mains ou vous vanter les mérites de la chloroquine… ni même tenter de vous convaincre que nous en sommes en présence d’un complot viral, lancé d’un laboratoire américain.
L’idée c’est d’analyser l’impact d’un choc imprévu sur nos sociétés fragiles et d’en extraire quelques enseignements.

 

Le retour du réel

La pandémie du coronavirus consacre le retour du réel.
Des places de la modernité faites de plastique et de béton, juchés devant nos écrans à échanger, à jouer ou à télécharger, nous avions oublié notre socle, la Nature qui s’est manifesté, non sous la forme d’un monstre « piétineur de voitures » comme le Godzilla imaginé par le Japon sous trauma atomique , ni sous celle des vagues immenses du « Jour d’Après » mais, par une infime particule de vie surgie d’un des trous noirs du mondialisme, Wuhan, cette ville-poubelle où les hommes vivent, mangent, produisent et « déchettent » dans le plus grand laxisme sanitaire.
Gaïa, notre Terre, cette déesse du réel absolu qui nous abrite et nous nourrit s’est rappelée à notre bon souvenir en nous envoyant par tous les relais de mondialisation un acaryote capable de se multiplier sur nos poignées de portes, nos billets, nos bons d’achat et nos touches de mobile. On ne le voit pas, il n’effraie pas mais il incarne la réalité dans sa plus implacable simplicité, dans ce que le biologique produit de plus originel, qui se duplique et se transmet des impasses pourries de l’Hubei jusqu’aux lofts-avec-terrasses des gratte-ciels new-yorkais.
Dans notre post-modernité hypnotisée par le virtuel, le mot « virus » ne désignait plus que ces programmes informatiques créés par des individus aussi fantomatiques que malveillants pour nous espionner et nous voler le secret de nos cartes bancaires : Le virus était le troyan, le malware, cet assemblage de lignes de codes qui empoisonnait notre virtualité, c’est-à-dire notre aptitude à mener une existence internet. Mais le programme malveillant trouvait ses limites dans la capacité de notre disque dur. Au-delà, son impact pouvait causer quelques désagréments à nos vies administratives, mais guère plus. Le covid 19, lui, envahit le vrai monde fait de poumons et de services de réanimation. Il panique les gouvernements, fait chuter les bourses occidentales, vide les rues des états défaillants et provoque des maux de têtes, des courbatures ou de la fièvre s’il pénètre nos voies respiratoires.
Le virus c’est la nature qui réaffirme sa supériorité partout et qui proclame « Nous sommes légion » en infectant le monde.

 

Depuis quelques années, une partie de la population occidentale éprouvaient une forme de vénération pour le chaos et les figures nihilistes.
Une partie de la population occidentale éprouvait, avant la crise, une vénération grandissante pour le chaos et les figures nihilistes.

 

L’imposture de la société du risque zéro

La crise virale a, au moins, le mérite de dévoiler l’imposture de « l’état providence » et de sa promesse sociale du « risque zéro ».
Depuis la Libération, nous sommes bercés par l’illusion que l’Etat veille sur chacun de nous, qu’il assure notre sécurité, notre protection sociale et notre santé en échange d’un taux de prélèvement obligatoire toujours plus élevé. Si l’état assura plutôt bien ses fonctions régaliennes jusqu’à la fin des années 80, son rôle déclina au fur et à mesure que La Dette augmentait, que la population à charge croissait tandis que l’activité économique industrielle, déclinait. L’Etat par les habiles discours de ceux qui l’incarnaient, masqua son recul sur tous les domaines essentiels comme la santé, la sécurité et l’éducation des Français. Les lois « protectrices » et les règlements préventifs, toujours plus abondamment appliquées, visaient à encadrer tous les aspects de nos vies pour renforcer ce sentiment de protection. Puis les sur-communications sociales à l’attention de tous se muèrent en croisades sociétales (avec les quinquennats Hollande et Macron) au profit de quelques-uns, croisades intérieures qui visaient moins à protéger, à soigner et à éduquer la majorité des français qu’à assurer « l’égalité » et « la libre expression » aux minorités culturelles et sexuelles.
La crise virale d’aujourd’hui a dévoilé l’imposture du discours-nounou en montrant  la précarité des moyens sanitaires du pays et l’incurie des services publics, censés assurer la promesse de l’état providence.
Car c’est désormais acquis pour nous et pour le monde entier : La France, pays de 67 millions d’habitants, « 6ème puissance du monde », « patrie des droits de l’homme », n’a ni la capacité de tester quelques dizaines de milliers de compatriotes, ni celle de distribuer des masques à la population et, ses services de réanimation et d’urgence hospitalière sont incapables de recevoir et de traiter quelques milliers de malades en état grave.
Cette séquence ne consacre peut-être pas encore « l’effondrement de l’état » comme l’a énoncé Marine Le Pen (1) mais annonce, par contre, la fin des dernières illusions françaises sur ses capacités.

La République en Panne

Temporairement sorti de la crise des solides Gilets Jaunes, le super-communiquant de l’Elysées s’est cogné au réel. En passant du très désinvolte « Il ne faut pas s’empêcher de sortir » du 6 mars à la panique totale du 17 mars, date à laquelle il a déclaré la « guerre au microbe », le général Macron a montré toute la confusion et le manque de discernement qui habitent son costume de « Jupiter ».  Avec les premiers cas de contaminés français et surtout face à la situation pandémique en Italie (qui s’avère être aujourd’hui la plus sévère au Monde), le gouvernement a bombé le torse en sortant un arsenal de mesures coercitives (et punitives) en mode Corée du Nord à défaut de déployer une capacité logistique et technique digne de la Corée du Sud.
La population française a, en quelque sorte, été punie au confinement pour l’imprévoyance et l’imprévision du pouvoir. Assignée à résidence, elle a pu alors assister à la sur-communication gouvernementale qui sévit depuis 2 semaines. Chaque soir, par la voix monocorde du directeur général de la Santé, Jérôme Salomon, le régime nous égraine un lent et laborieux énoncé de chiffres et de données qui n’ont rien à envier aux heures les plus chiantes de l’ORTF. Les apparitions du lobbyiste Salomon sont souvent accompagnées (comme pour l’égayer un peu) de la présence d’une secrétaire d’état, d’un préfet qui promet des durcissements du dispositif toujours « plus durs » ou d’une garde des sceaux qui nous annonce bouche en cœur qu’il faut vider un peu les prisons*… On annonce beaucoup et on quantifie en permanence, comme pour faire penser qu’en mesurant une situation, on la contrôle un peu.
Par cet excès de verbe des représentants du pouvoir et des « figures médicales » censées incarner une certaine crédibilité scientifique, l’état cherche surtout à se réassurer lui-même : la sur-communication chiffrée, « au mort et au guéri près », apparaissant alors comme un mantra de réassurance qu’il se répète comme pour se convaincre : « je compte donc je suis, je chiffre donc je maitrise».
Mais le théâtre de postures d’Emmanuel Macron, ponctué des couacs grandioses de « Sibeth » (2), ne fait plus illusion. Son discours guerrier emphatique ne trompe personne. La guerre ? Macron ne la mène pas contre un virus agressif (mais finalement pas très meurtrier) mais contre 67 millions Français interdits de sortie et de travail. Il la mène en utilisant une méthode archaïque et répressive alors que la modernité, dont il se réclame, aurait exigé de détecter-diagnostiquer les personnes infectées pour développer en quelques jours la capacité logistique de les isoler en vue d’un traitement.

Sibeth Ndiaye : incarnation de l’amateurisme marié au cynisme, elle exprime à chaque prise de parole la condescendance et le mépris du gouvernement pour les Français du quotidien.

Le coup d’état sanitaire

Les chasseurs le savent bien : Il n’y a pas plus dangereux qu’une bête acculée et blessée. Et c’est précisément cette image qu’a donné le régime Macron au peuple français et au monde depuis le début de la crise. Celle d’une puissance déchue et impotente, dont le système hospitalier, digne d’un pays du Maghreb, ne peut répondre à une alerte sanitaire qui n’a ni la gravité, ni la portée des pandémies des derniers siècles (grippe espagnole, choléra, peste noire)
Alors, le pouvoir tente de « se rattraper » en sur-communiquant pour occuper le champ médiatique, en haussant le ton, puis en menaçant et, enfin, en exécutant ses menaces.
Le 17 mars, le « général Macron » décrète le confinement avec un ton solennel. Les Français sont sommés de rester chez eux et de ne sortir que pour des activités essentielles. Les contrôles de police s’intensifient au fil de la semaine pour devenir systématiques le week-end du 22-23. A Paris, des patrouilles contrôlent chaque carrefour, les sorties des magasins alimentaires pour vérifier que les attestations sont bien remplies. Il est impossible de traverser la Seine pour passer d’une rive à l’autre sans montrer son « ausweis ».
100.000 policiers et gendarmes assurent le quadrillage du territoire français. 1.738.907 personnes sont contrôlées pour 91.824 procès-verbaux dressés entre le 17 et 23 mars ; 375.000 personnes seront contrôlées pour la seule journée du 22 mars….
Mais le régime va encore durcir le confinement par le projet de loi d’urgence sanitaire qui sera voté par une assemblée nationale fantomatique le 23 mars et applicable pour 2 mois.
Les amendes passent de 35 euros à 135 euros (et 1.500 euros pour une réitération) ; si un habitant est surpris à sortir plusieurs fois de chez lui, il se peut se voir infliger une peine de 6 mois de prison.
La loi d’urgence sanitaire donne des pouvoirs étendus à la police, elle autorise le gouvernement à réquisitionner les biens et les services, à interdire les rassemblements, à contrôler les prix ou à limiter la liberté d’entreprendre.
Cette loi votée en un week-end, et promulguée dix jours après les premières mesures de confinement, donne donc des pouvoirs exorbitants au gouvernement et va lui permettre de produire des décrets qu’il n’aurait pu « faire passer » en temps normal.
Interrogé par Le monde du 30 mars, Serge Slama, professeur de droit public à l’université de Grenoble, identifie une autre crainte que partagent beaucoup de concitoyens : « Le danger, ce n’est pas tellement la proclamation de l’état d’urgence, explique c’est son installation dans la durée et aussi qu’il constitue un laboratoire  on le voit par exemple avec l’utilisation des drones pour contrôler le confinement des populations.»
Utilisation des drones à laquelle on peut ajouter la géolocalisation des individus via les smartphones et la censure massive exercée actuellement sur les réseaux sociaux contre tous les contenus dissidents ou contre ceux qui visent « à critiquer » l’action du pouvoir ; attitudes qu’ E. Philippe considère déjà comme « Inacceptables ».
« L’enfer est toujours pavé de bonnes intentions » et quel meilleur prétexte que celui d’assurer la santé publique – une des attentes fondamentales des citoyens – pour justifier la mise en place d’un processus autoritaire. Le pouvoir a très probablement à l’esprit de profiter du moment pour entériner des réformes impopulaires avant de lever l’état d’urgence. Mais il n’est pas interdit d’imaginer un scénario plus radical :  n’oublions jamais qu’en France, c’est toujours du centre que les dictatures jaillissent. L’exemple de Louis-Napoléon illustra, d’ailleurs très bien, l’émergence d’une figure dictatoriale qui se hissa au pouvoir de façon républicaine avec le soutien des milieux d’affaires pour perpétrer, trois ans plus tard, un coup d’état.

 

Un formidable révélateur

Quoiqu’il en soit, la crise virale constitue un formidable révélateur sur notre société, ses valeurs mais aussi nos voisins, nos proches et nous-mêmes.
Elle révèle tout le conformisme intellectuel du dogme écologiste qui s’est focalisée sur le danger « réchauffiste » pour des raisons qui mêlent les obsessions idéologiques (comme culpabiliser un Occident vu comme responsable de tout et principalement de « l’effet de serre ») et le business (le capitalisme vert paie bien grâce aux nombreux fonds privés et publics dont il bénéficie) sans nous avertir d’autres dangers et notamment la menace épidémique qui n’intégrait pas sa grille de lecture progressiste.
La crise actuelle et surtout celle qui est à venir, sociale et économique, vont nous révéler ce qui est essentiel pour nous détourner des débats accessoires : quand la santé et la sécurité de chacun sont menacées, il n’est plus temps de parler « manspreading » et d’identité de genre. Aussi, si la crise qui suit la séquence sanitaire, tient ses promesses en termes d’âpreté et de violence, nul doute que les idéologies de l’accessoire, le féminisme ou les théories LGBT, verront leurs subventions s’évanouir et leurs partisans tenter de survivre plutôt que de compter leurs privilèges ou de revendiquer des droits superficiels.
La crise nous révèle la nature de nos dirigeants « dépassés » par les événements. Elle révèle les racailles de cités qui pratiquent le trafic de masques volés dans le stock des hôpitaux publics ;
elle révèle à l’infirmière, quotidiennement « au front », la laideur morale de ses voisins qui lui glissent anonymement un mot lui demandant d’habiter ailleurs « pour ne pas contaminer l’immeuble » ; elle révèle ceux et celles qui, sur les réseaux sociaux, multiplient les biais cognitifs au sujet de la séquence ; elle révèle la solidité d’un couple ou d’une famille, obligé de confiner ensemble…
Et elle nous révèle à nous-mêmes : Sommes-nous fragiles, solides, antifragiles… ? Avons-nous anticipé la situation ? Faisons-nous les bons gestes ? A-t-on choisi le bon camp et les bons alliés qui nous permettront de survivre à la crise économique et sociale qui vient. Que ferions-nous face à la mise en place d’une structure totalitaire ?
Autant de « révélations » qui seront traitées sur Impératif prochainement.

 

(1) Interview du 27 mars 2020 eu Figaro

(2) Pour justifier la pénurie de masques dont les stocks ont été peu à peu vidés par les gouvernements successifs depuis 2009, Sibeth Ndiaye déclare à Bourdin dans son émission du 20 mars, digne d’un sketch du Jamel Comédie Club, qu’elle ne sait pas utiliser le fameux masque… et qu’il est, de toute façon, inefficace pour se protéger de la contamination. « Fake news d’état » qui sera démentie par les professionnels

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